Victor (Jules René) BECQUET – 1880-1970

Portrait.

« Le Fr. Victor vint rejoindre en 1936 les deux frères profès perpétuels du
noviciat des Essarts: Clément Fort, chargé du jardin et de la menuiserie,
Auguste Durand, de la ferme et des vaches.

Lui, Victor, était l’homme des soutanes. A trois, de bonne entente, ils
encadraient le peloton des jeunes convers, postulants, novices ou profès
temporaires… Et, ma foi, cela ne marchait pas trop mal parce que l’esprit
des cadres était bon.

Mais celui qui était le moins
‘cadre’ de tous, c’était assurément le F. Victor, fait pour l’obéissance,
guère pour le commandement; bon religieux, régulier, effacé, plutôt jovial
et de bonne humeur, assidu à son travail et n’en sortant guère pour autre
chose. Avec lui, pas d’histoires! Ce qui fait sans doute qu’il a peu marqué
dans
ses passages dans les maisons. Il était de cette génération de nos anciens
Frères axés en toute simplicité et sans problèmes sur la prière et le
travail: rouages silencieux et sans ratés’.

Témoignage du P. Marie- Albert Devynck, maître des novices aux Essarts en
1936.

Quand la menace de la guerre,

Religieux de la Province de Paris.

Concierge et tailleur une vie durant.

Jules est né à Guines dans le Pas-de-Calais le 15 décembre 1880. Il fait ses études primaires dans sa ville natale, passe une année à l’alumnat d’Arras (1893-1894) et rejoint le petit séminaire de Boulogne-sur-Mer (1894-1896). Il rentre alors en famille et apprend le métier de tailleur qu’il exerce jusqu’en 1908, à part l’interruption militaire de 1901 à 1904. Avant son incorporation, selon le témoignage du P. Possidius Dauby, il se fiance à une jeune fille du pays, mais celle- ci n’a pas le courage et sans doute l’amour suffisant d’attendre la libération du militaire. Cette aventure suffit à le guérir de toute idée de mariage. Jules demande à entrer au postulat de Louvain en Belgique en 1908 sous la direction du P. François-Xavier Legrand: il accomplit son noviciat de religieux frère entre Gempe, Louvain et Limpertsberg (1910-1912) et prononce ses premiers vœux le 25 juillet 1912 sous le nom de Fr. Victor. Il va rester au Luxembourg jusqu’en 1919, passant la guerre de 1914 à 1918 dans les fermes. On se souvient qu’il occupa au noviciat une chambre à la conciergerie et qu’il y régnait sur un véritable atelier de couture, coupant et façonnant soutanes et camails. Toujours affable pour ravauder et rapetasser les vêtements abîmés, il s’adonne aussi aux joies du coloriage et du dessin, son véritable violon d’Ingres, même si ce divertissement témoigne plus en faveur de sa piété que de son talent. Ce n’est qu’en février 1921 qu’il peut enfin prononcer ses vœux perpétuels à Saint-Gérard. En 1922, il rejoint Louvain pour douze ans (1922-1934), puis Lormoy en France (Essonne) de 1934 à 1936, toujours affecté aux mêmes services.

Une vie active en retrait.

en septembre 1939, disperse le noviciat des Essarts où le frère Victor a passé trois ans (1936- 1939), ce dernier atteint la soixantaine. Par suite d’un travail sédentaire, il a pris du poids, souffre de tension et de malaises. Pourtant pendant encore quinze ans, il va continuer sa vie de service au bénéfice de plusieurs communautés: la maison provinciale de Paris, avenue Denfert- Rochereau (1939-1944), l’orphelinat du P. Halluin à Arras (1944-1954), la maison de vocations d’aînés ;à Montéchor (1954-1955), dans le Pas-de Calais. A Paris, pendant la période de la guerre, l’absence du provincial installé en zone libre, la rareté des passages en font une résidence des plus calmes, mais conciergerie, sacristie et entretien matériel suffisent à occuper le Fr. Victor. A l’orphelinat d’Arras, on lui confie en plus la rédaction des adresses des bienfaiteurs et il s’adonne, malgré l’âge, aux joies du patronage pour les gamins du voisinage. Mais son état de santé s’aggravant, il obtient d’aller se soigner à Montéchor, lieu réputé pour son accueil fraternel et son air salubre. Il n’y reste qu’une année.

Quinze années à Lorgues.

Le temps est venu pour lui de gagner la maison de repos de Lorgues (Var) en 1955 où l’accueille le P. Jean de Matha. Handicapé, marchant à l’aide de deux cannes à cause de l’arthrose, il continue à coudre et à dessiner jusqu’à ce qu’une paralysie le gagne et l’oblige à garder la chambre. En 1968, le médecin traitant ne lui donne plus que quelques semaines à vivre. À partir de décembre 1969, il vit dans un état de somnolence continuelle et ne s’alimente plus guère. Le mercredi 7 janvier 1970, il s’éteint tout doucement au matin, achevant ainsi une longue vie d’humilité, de silence, de dévouement et de travail obscur. Les funérailles sont célébrées le vendredi 9 janvier par le P. Isidore Détré qui, dans son mot d’adieu, rend grâces pour la serviabilité et la joie de servir qui ont marqué toute cette existence. Son corps est conduit à la chapelle de la Dormition dans la propriété.

Bibliographies

Bibliographie : B.O.A. novembre 1970, p. 141-142. Paris-Assomption, février 1970, n° 119, p. 10-12. Les ACR possèdent deux lettres autographes du Fr. Victor Becquet.