Victor MARIN – 1869-1888

Au Frère Victor Marin.

« Jadis sur ses enfants perdus Rachel se lamentait parce qu’ils n’étaient
plus.

Comme elle, devons-nous, bannissant l’allégresse, mouiller nos yeux de
pleurs? Faut-il que la tristesse

s’empare de nos cœurs, alors que vers les cieux,
au milieu des concerts des anges radieux,
s’élance un jeune élu plus brillant que l’aurore?

La mort nous l’a ravi;
ainsi voit-on l’épi
que de ses feux le soleil dore fauché par l’adroit moissonneur.

Bien loin de pleurer, envions- nous son bonheur.
Et quand vous reviendrez de cette même tombe où dort Marin,
quand vous aurez prié, gémissante colombe au cri divin,
entonnez au retour un hymne de louange,
un chant joyeux;

mais ne pleurez jamais le sommeil de cet ange: il est aux cieux!

Poésie d’un novice.

Religieux français, profès in articulo mortes.

Une fleur de N.-D des Vocations et du Pèlerin.

Sous ce titre a paru en mai 1888 le récit historié de la courte vie du Frère Victor dont nous extrayons quelques renseignements biographiques:

« La lecture du Pèlerin suscita, il y a six ou sept ans, au cœur d’un père chrétien, le désir de donner son fils (1) à la vie religieuse pour qu’il se consacrât aux diverses oeuvres encouragées par cette publication. La grâce mit au cœur de l’enfant le désir de son père. Le petit Victor Marin, âgé de 11 ans, était donc présenté à l’alumnat de Notre-Dame des Châteaux [Savoie] en 1881 (2). L’enfant, prévenu de la grâce, fit sa première communion et fut confirmé à l’alumnat, sous le patronage de Notre-Dame des Vocations. De là, il passa à l’alumnat d’humanités de Saint-Augustin, à Nîmes, où il tenait souvent la tête de sa section (3). Aimé de tous, le petit alumniste fut toujours admirable de douceur, d’humilité et d’abnégation. A la fin de ses humanités, alors que les alumnistes sont libres de se décider pour le clergé séculier, les missions ou la vie religieuse, le petit Victor opta pour le noviciat des Pères de l’Assomption. Il alla en Savoie dire adieu à ses parents. Son père, ravi du choix de son fils, le bénit et l’embrassa une dernière fois. Victor prit l’habit en septembre, sous le nom de Frère Marin, à l’abbaye de Livry, en Seine-et-Oise (4). Il vient de quitter le noviciat pour le ciel à 18 ans et demi (5). Son âme, en s’envolant, a exhalé un parfum très suave de sainteté. Nous devons le restituer au Pèlerin qui a fait éclore cette fleur. Emporté comme deux de ses frères aînés restés dans le monde, par la phtisie, Frère Marin fut averti de la gravité de son état. ‘ Vous n’avez pas peur de la mort?.Oh! non, mon Père, je suis très heureux de mourir! Et vous ne redoutez pas la venue de Dieu?

– Oh! non, pourquoi? Et un aimable sourire donnait à sa physionomie une expression de joie extraordinaire. Le 13 avril dernier, le maître des novices [P. E. Bailly] rapporte au P. Picard le récit de la cérémonie au cours de laquelle il confère le sacrement de l’Extrême-Onction au malade… Le Docteur lui avait donné à peine encore huit jours de vie. Le Père maître obligé de s’absenter pour des prédications, lui dit avant de partir. ‘Je vous défends de mourir avant mon retour’. Je ferai mon possible, mon Père. Et de fait, au grand étonnement de tous, le Père le retrouva encore: ‘J’ai obéi, mon Père, dit-il en souriant, maintenant si vous m’ordonnez de guérir? Et il continua de sourire comme quelqu’un qui aime mieux s’envoler vers le ciel… Epuisé, le Frère Victor se souvint qu’une des bienfaitrices du noviciat, une des personnes dévouées à l’œuvre de Notre-Dame des Vocations, avait envoyé pour lui quelques douceurs: ‘Il faudrait que nous disions une dizaine de chapelet pour cette bonne dame’ et il la dit péniblement jusqu’au bout. Ce pacifique enfant repose maintenant près d’un homme de guerre, le général Dillon, soldat du premier empire, enterré à l’abbaye. Ses frères ne peuvent se lasser d’aller prier sur sa tombe; elle se cache, comme lui, parmi les arbres du bois; elle semble répandre le parfum de douceur et de simplicité du saint novice. Il n’oubliera pas le Pèlerin qui lui a valu tant de grâces ».

(1) Victor Marin est né le 7 novembre 1869 à Motz, petit village savoyard dans le canton de Ruffieux. (2) Victor Marin y est inscrit sur les registres des Châteaux, de 1882 à 1885. (3) Victor Marin est inscrit sur les registres de l’alumnt de Nîmes, de 1885 à 1887. (4) La prise d’habit eut lieu le 29 septembre 1887. Livry, alors au diocèse de Versailles, est depuis 1966 dans le département de la Seine-Saint-Denis, au diocèse de Saint-Denis. (5) Le Frère Victor est mort le 5 mai 1888 à Livry. Le permis d’inhumer délivré par la mairie est daté du 6 mai. Les restes de tous les religieux inhumés à Livry, entre 1886 et 1900, ont été transférés depuis, en 1911, au cimetière parisien de Montparnasse, tombe Bailly.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Souvenirs, 1888, n° 57, p. 404. Le Pèlerin, 21 mai 1888, n° 594, p. 300.. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy.