Vincent CHAINE – 1836-1910

Un Nîmois à Nice.

« Me voici arrivé à Nice depuis une semaine. Je trouve un climat singulier.
Je ne sais si c’est la chaleur, l’eau ou le brusque changement de pays,
mais je souffre beaucoup du ventre. Je ne sais si je me trompe, mais ces
dames [Religieuses de l’Assomption] me paraissent en avoir assez de
l’alumnat. Elles ne seraient pas fâchées de le voir partir. Ce désir
viendrait-il de leur pauvreté ou du peu d’enfants que nous avons ainsi que
du mince résultat obtenu? Je n’en sais rien, je vous fais part de mes
impressions. Je ne parle pas de la nourriture, ce ne serait pas religieux,
mais c’est le cas de dire que l’appétit donne de la saveur aux mets.
L’alumnat tel qu’il est, en ce moment, ne peut
pas exister. Les Sœurs sont à bout de ressources, elles sont endettées et
ne reçoivent
rien. Le bon frère Augustin
[Nègre] fait bien ce qu’il peut, mais il aurait lui-même besoin d’étudier.
Les enfants sont négligés, leur petit nombre et le climat si chaud de Nice
font qu’ils sont presque toujours en vacances. Ils ne sont pas avancés dans
les lettres, ils font plus de fautes que nos petits ouvriers d’Arras … ».
P. Vincent au P. d’Alzon, 1er sept. 1877.

Religieux français, missionnaire au Chili.

Aux origines de l’Assomption.

Né à Nîmes le 15 mars 1836, Vincent Chaîne est l’un des premiers compagnons du fondateur. C’est en août 1853, avant le décret d’approbation de l’Institut, que le jeune Vincent fait la connaissance du P. d’Alzon et reçoit de ses mains l’habit religieux. Il prononce ses premiers vœux en 1855 et, deux ans plus tard, le 14 septembre 1857, ses vœux perpétuels à Clichy. Attaché au collège comme surveillant et professeur – le Frère Vincent est bachelier – il éprouve un grand bonheur à se dévouer auprès de pauvres que visitent les élèves du patronage du collège, regroupés dans une association ou conférence Saint Vincent de Paul sous la direction du Frère Louis Prouvèze. Il fait la même expérience avec les jeunes apprentis de l’orphelinat-colonie agricole de Mireman que dirige à l’époque le jeune Frère François Picard, lui-même initié à la vie apostolique. Le Frère Vincent connaît l’Assomption dans ses premiers développements, il fait partie des religieux qui animent le collège de Chilichy entre 1856 et 1860. Les études de théologie se poursuivent à l’époque dans le cadre de la vie et du travail dans les collèges. Le Frère Vincent est ordonné prêtre par Mgr Plantier à Nîmes 23 mai 1861, si l’on en croît certains registres (1). Le P. Vincent reste encore quelques années professeur au collège de Nîmes (1860-1863) avant d’exercer des temps de ministère ponctuel, tant à la petite chapelle de la rue François 1er à Paris (1863- 1865) qu’à la paroisse Saint-Joseph d’Alès (Gard) de 1865 à 1867 ou encore auprès des orphelins de l’orphelinat Halluin d’Arras (Pas- de-Calais) de 1872 àl873, particulièrement auprès des enfants mineurs du coron des Brebis. De 1876 à 1887, le P. Vincent prend la direction de l’alumnat de Nice qui a été fondé en 1874,

Un Nîmois à Nice.

« Me voici arrivé à Nice depuis une semaine. Je trouve un climat singulier. Je ne sais si c’est la chaleur, l’eau ou le brusque changement de pays, mais je souffre beaucoup du ventre. Je ne sais si je me trompe, mais ces dames [Religieuses de l’Assomption] me paraissent en avoir assez de l’alumnat. Elles ne seraient pas fâchées de le voir partir. Ce désir viendrait-il de leur pauvreté ou du peu d’enfants que nous avons ainsi que du mince résultat obtenu? Je n’en sais rien, je vous fais part de mes impressions. Je ne parle pas de la nourriture, ce ne serait pas religieux, mais c’est le cas de dire que l’appétit donne de la saveur aux mets. L’alumnat tel qu’il est, en ce moment, ne peut pas exister. Les Sœurs sont à bout de ressources, elles sont endettées et ne reçoivent rien. Le bon frère Augustin [Nègre] fait bien ce qu’il peut, mais il aurait lui-même besoin d’étudier. Les enfants sont négligés, leur petit nombre et le climat si chaud de Nice font qu’ils sont presque toujours en vacances. Ils ne sont pas avancés dans les lettres, ils font plus de fautes que nos petits ouvriers d’Arras … ». P. Vincent au P. d’Alzon, 1er sept. 1877.

Notices Biographiques A.A dans la propriété des Religieuses de l’Assomption, mais qui vit sans grands moyens et sans grandes perspectives d’avenir. Le P. Vincent est connu comme un religieux doux, parfois effrayé de la dureté des conditions de vie dans des fondations improvisées de l’Assomption. Il sait en toute circonstance faire part de ses impressions, mais aussi garder une patience inaltérable devant les difficultés ou les obstacles de tous ordres. C’est un religieux qui sait faire confiance et ne soupçonne pas le mal ou la méchanceté chez ses compagnons de vie. On ne l’entend guère, il marche avec une calme lenteur; on ne le voit pas car il se met pas en avant. Sous des apparences un peu froides, il cache un cœur généreux qui rêve d’aventures missionnaires lointaines.

Au grand vent des Fondations proches et lointaines.

Le P. Vincent n’a pas encore fini ses courses fondatrices dans le vieux continent: il lui est donné de fonder l’alumnat de Miribel-les Echelles (Isère) de 1887 à 1889, d’ouvrir et de fermer le collège éphémère d’Osma en Espagne (1889-1890) et de revenir passer une année sous le ciel natal, au collège de Nîmes (1890-1891). Il part ensuite réaliser ses projets de vie missionnaire au loin: d’abord affecté à l’Orient, il connaît Karagatch en Turquie (1891-1893), Yamboli en Bulgarie (1893-1897) et Sultan-Tchaïr en Asie Mineure (1897-1901). De l’Orient, il part pour l’Amérique du Sud, le Chili. Il débarque à Coronel en décembre 1901 sans autre bagage qu’un petit sac noir contenant quelques effets personnels. « J’ai pensé que je trouverai ici le linge et les livres nécessaires ». Pendant neuf ans, il se dévoue à la mission de Los Andes au Chili (1901-1910). C’est là qu’il s’éteint le 23 juin 1910, à l’âge de 74 ans, laissant à ses compagnons de route l’expression de son ardent désir de vie apostolique: « Que vous êtes heureux, vous autres, de pouvoir travailler! ». Le corps du P. Vincent est inhumé le 24 juin suivant dans le cimetière de Los Andes, au pied de la grande Cordillère.

(1) D’après la correspondance du P. d’Alzon, le Frère Vincent est ordonné sous-diacre, sans doute le 22.12.1860 (cf lettre 1520 et note 1, pages 367 et 368 dans t. III, 1859-1861).

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion 1910, n° 84, p. 333. L’Assomption 1910, n° 165, p. 132-133. Lettres d’Alzon, t. XIII (1996), p. 440. Circulaire du P. Joseph Maubon, Los Andes, 24 juin 1910. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Vétéran de la Congrégation, contemporain du P. d’Alzon, le P. Vincent Chalne a laissé dans les ACR une abondante correspondance échangée avec les témoins et acteurs de la première génération assomptionniste (1857-1903), ce qui revient à connaître sur un mode très personnel toutes les implantations et toutes les situations de la Congrégation.