Werenfried (Antoon Theodoor) BENNE – 1901-1966

Une fin de vie apaisée.

« J’ai vu ce soir le P. Werenfied dans sa chambre d’aumônier de l’hôpital
Saint- Charles de Beyrouth pendant plus d’une heure. Il s’est empressé de
me raconter tous ses déboires dans la Congrégation sur le ton d’une grande
simplicité et d’une grande sincérité. Mais en même temps, ce récit est une
apologie. Il a eu des difficultés à Boxtel et à Jérusalem où il dit avoir
été calomnié. Au total, le P. Werenfied me fait l’effet de quelqu’un qui a
peut- être souvent raison mais qui tient trop à avoir raison contre tout le
monde et emploie la manière forte pour confondre ses adversaires: menaces,
voies juridiques… Quoi qu’il
en soit, il est en paix aujourd’hui. Voilà 10 ans qu’il est à Saint-Charles
et on y est content de lui. il dit vouloir rester dans cette maison et y
mourir. Il a pardonné du fond du cœur à tous ceux qui, d’après lui, ont mal
agi à son égard. Le P. Domitien qu’il estime et qu’il aime lui aurait dit:
‘Restez ici’. Dans ses querelles il y a eu peut-être au départ de simples
jalousies. Avec le P. Wiro par exemple, de la jalousie sportive..Je me suis
contenté de l’écouter ».

Du P. Farne, Beyrouth 1963.

Religieux hollandais de la Province de Hollande.

Premiers parcours.

Antoon est né le 2 avril 1901 à s’-Hertogen- bosch (Bois-le-Duc) au Brabant hollandais. Il fait ses études secondaires à l’alumnat de Boxtel (Hollande) de 1913 à 1920 et à Vinovo en Italie de 1920 à 1921. Il prend l’habit le 4 novembre 1921 à Saint-Gérard (Belgique) et y prononce ses premiers veux le 5 novembre 1922 sous le nom de Fr. Werenfied. Les études de philosophie se déroulent à Taintegnies (1923- 1924) et Saint-Gérard (1924-1925). C’est à Louvain qu’il étudie la théologie de 1926 à 1930, sauf une interruption d’une année à Boxtel (1925-1926). Sa profession perpétuelle est datée du 3 novembre 1925 à Boxtel et l’ordination sacerdotale du 20 avril 1930 à Louvain.

Une forte mobilité.

L’énumération des résidences et des emplois successifs du P. Werenfied dénote une mobilité évidente, dûe en partie à des difficultés éprouvées au cadre de vie communautaire: il est surveillant à Boxtel (1930-1933) à l’école apostolique Sainte-Thérèse, est envoyé à Jérusalem (1933-1935), revient à Boxtel comme aumônier de la communauté des Oblates (1935- 1946), fait une année de recyclage tout en assurant un service ministériel chez les Oblates à Evry-Petit- Bourg (Essonne) de 1946 à 1947 avant de gagner le large en Indonésie comme aumônier militaire (1947-1950). Il retourne ensuite à Jérusalem (1950-1951), loue ses services comme professeur dans une école tenue par les P. Capucins à Baalbeck (Liban) et assure une aumônerie d’hôpital ‘Saint-Charles’ que dirigent des religieuses à Beyrouth (1952-1966). C’est de là que, malade, il gagne Boxtel pour y être soigné (mai-novembre 1966). Il vit dans la communauté de la Procure qui l’entoure de tous les soins

Notices Biographiques A.A Page : 233/233 et de toute la charité que mérite un membre souffrant de la famille. Ce fut pour lui un séjour de sérénité, de consolation, de réconfort. Il meurt le 1er décembre 1966 à l’hôpital Radboud de Nimègue et est inhumé à Boxtel, le 3 décembre.

Un religieux estimé ‘difficile’ en coramunauté.

Ce n’est pas un mystère ou une offense à sa mémoire s’il est dit du P. Werenfried qu’il fut un compagnon difficile pour ses confrères et que, pour cette raison notamment, il a vécu de longues périodes hors du cadre habituel de la vie communautaire. Dans son rapport de profession, son supérieur d’alors, le P. Rémi Kokel en 1923, le dépeint assez fidèlement:

« Le Frère Werenfried est assez complexe. D’une très grande impressionnabilité, il est vite abattu et vite relevé. Capable de sentiments nobles et généreux, il est aussi sujet à des accès de rancune et d’antipathie. Il n’est pas non plus dépourvu d’un air de coquetterie. Mais dans le fond il est sincère et bon, se montre docile et pieux. Il fait preuve de fatigue, souffre de rhumatisme et son système nerveux réclame pour lui du repos ». Quand on connaît la suite de sa vie, la perception générale donnée dans ce rapport initial se révèle assez juste. La nature a donné au P. Benne un ensemble de talents et de dons, tout à fait appropriés pour construire une vie sacerdotale et religieuse pleine et riche. Mais gêné par une sensibilité extrême et une propension évidente de son caractère à l’égocentrisme, le P. Werenfreid ne sut pas toujours se détacher des manifestations excessives et difficilement supportables de sa personnalité. Il en ressentit évidemment lui-même bien des souffrances, des aigreurs même qu’il cherchait à épancher et à partager dans sa correspondance, notamment avec le P. Domitien, resté l’ami de toujours. S’il n’est pas juste de charger unilatéralement sa conscience dans les difficultés relationnelles qu’il connut, il est non moins évident que seules des solutions d’isolement purent rendre supportable pour lui-même et pour ses confrères cette forme d’existence.

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Bibliographies

Bibliographie et documentation: B.O.A. janvier 1967, p. 178-179. De Schakel, janvier 1967: article ‘In memoriam, par le P. Timmermans. De ses différents postes, le P. Werenfried a fait parvenir quelques correspondances à ses supérieurs, conservées dans les archives romaines (entre 1934 et 1955).