Xavier QUEMENER – 1917-1940

Incertitudes.
« Le samedi 20 janvier (1940], une dépêche arrive à la Bonne Presse
annonçant: Xavier décédé. C’est une nouvelle un peu trop laconique. Qui
était
ce Xavier? On crut d’abord qu’il s’agissait du Frère Xavier Bernard, un
Frère convers de Davézieux qu’on disait avoir été mis au repos à Lorgues
dans le courant de l’année et on fit des prières pour le repos de son âme.
Cependant, après enquête, il fut établi que le Frère Xavier Bernard était
toujours à Davézieux et en bonne santé. Les De Profunctis qu’on a récités à
son intention lui serviront d’avance pour le jour où il sera vraiment
trépassé. Mais qui donc est ce Xavier mort à Lorgues? Des informations
puisées auprès de la Curie généralice précisèrent qu’il s’agisssait d’un
étudiant du scolasticat de Scy, le Frère Xavier Quémener, philosophe de
deuxième année, dont la poitrine défaillante avait été confiée aux bons
soins et au bon climat du sanatorium de Lorgues depuis environ un an. C’est
lui que Dieu vient de mettre en son paradis. La Croix, après avoir attendu
trois jours pour ne pas faire erreur sur la personne, a inscrit le Frère
Xavier Quémener parmi les Amis défunts dans son numéro du 24 janvier».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Bordeaux. Un premier parcours classique. Xavier-Isidore Quéméner est né à Lesconil (Finistère) le 3 juillet 1917. Il est remarqué par le curé fondateur de cette paroisse, l’abbé Le Mel, mort ü y a quelques années en odeur de sainteté et que l’on a surnommé le Saint Curé d’Ars breton. Ce prêtre sait distinguer dans le jeune homme une vocation solide. En 1930, il le fait admettre à l’alumnat de Saint-Maur (Maine-et-Loire) où le jeune Xavier est scolarisé de 1930 à 1933, en compagnie d’un compatriote, le petit Biger, devenu depuis le P. Norbert Biger, théologien en première année à Lormoy au moment du décès du Frère Xavier. De Saint-Maur, Xavier passe à l’alumnat de Melle (Deux-Sèvres), de 1933 à 1935 où il accomplit ses deux années d’humanités. En août 1935, il entre au noviciat de La Chaume à Pont- l’Abbé d’Amoult (Charente-Maritime). Il y prend l’habit le 29 septembre 1935. Le P. Pol de Léon Cariou est son maître des novices qui note sur le rapport d’admission à la première profession du Frère Xavier: «C’est un novice facile à former dont les aptitudes intellectuelles sont suffisantes. Il est d’un caractère avenant, doux, docile et dévoué. je n’ai remarqué chez lui qu’une grande timidité et, par suite, trop de défiance envers lui-même ». Le Frère Xavier prononce ses premiers vœux à Pont-l’Abbé d’Arnoult, le 30 septembre 1936. Novice paisible, doux et consciencieux, il ne donne aucun souci à ses supérieurs, d’apparence très soigné, grand et de santé apparemment solide. Il suit normalement la filière des études. En 1936, il se rend au scolasticat de Layrac (Lot-et-Garonne) pour l’année d’études complémentaires, puis à celui de Saint-Jean à Scy- Chazelles (Moselle) où il tombe malade. Après une année de soins à la maison de repos de Lorgues (Var), où il prononce ses vœux perpétuels le 28 septembre 1939, A.A le Frère Xavier meurt de la tuberculose, le samedi 20 janvier 1940, à l’âlge de 22 ans et demi. Une fin prématurée, selon le récit du P. Clément Laugé. « Le Frère Xavier Quéméner nous arrivait du scolasticat de Scy le 24 février 1939 pour soigner sa poitrine qu’une radiographie avait révélée atteinte. Dès qu’il fut remis des fatigues du long voyage, on le conduisit à Draguignan, chez un spécialiste de la poitrine. Le docteur ne donna aucune alarme sur l’état du malade; au contraire, il trouva son cas pas trop avancé et très curable, il avait bon espoir d’un rétablissement assez rapide. Cependant, une fièvre assez forte et un état géném assez déprimé le déterminèrent, dès la première visite, à créer au malade un pneumothorax pour l’aider à vaincre la fièvre. Le Frère Xavier revint de Draguignan joyeux et content. Les encouragements du docteur et les avantages que peut procurer le pneumothorax avaient dissipé toutes ses inquiétudes. Il se soumit scrupuleusement aux prescriptions du docteur et attendit patiemment les résultats du repos et de son traitement. Hélas l’amélioration devait se faire attendre longtemps… Son existence à Lorgues fut peu distrayante. Deux fois seulement il put assister à la sainte messe. Une fièvre opiniâtre l’obligeait à garder constamment le lit. Il devait mourir sans connaître les dépendances de la maison et les limites de la propriété. Il ne quittait sa chambre que pour aller à Draguignan chercher les soins que demandait son pneumothorax. Au bout de quelque temps en s’aperçut qu’il avait l’estomac et surtout les intestins plus malades que la poitrine. Une diarrhée persistante ne put jamais être enrayée malgré les meilleurs soins. Toutefois le moral restait excellent, car son état pulmonaire s’était sensiblement amélioré. A un certain moment la toux et l’expectoration avaient complètement disparu. Le docteur lui-même garda longtemps bon espoir de le sauver. Vers la fin du mois de mai, il eut plusieurs hémoptysies successives qui nous donnèrent de sérieuses inquiétudes. Avec des soins appropriés il réussit à prendre le dessus. Néanmoins il baissait toujours.. Quand revint le froid, la toux reparut. La maladie gagna le côté gauche. Durant le dernier mois il souffert beaucoup: toux pénible, sommeil presque impossible. Le vendredi 12 janvier, il eut de nouveau plusieurs hémoptysies successives qui firent pressentir un dénouement assez prochain. Craignant de le voir partir dans un crachement de sang, le docteur conseilla de lui administrer les derniers sacrements. Le P. Pol de Léon Carlou, son maître des novices, lui en fit la proposition, ce que le Frère accepta très volontiers. Le jeudi soir 18 janvier [19401, le P. Pol de Léon le voyant très oppressé lui appliqua l’indulgence plénière in articulo mortis. Le samedi 20 janvier, avant l’aurore, vers une heure du matin, la Sainte Vierge vint cueillir cette fleur mûre pour le ciel pour la mettre au rang de l’Assomption bienheureuse. Le Frère garda toute sa lucidité jusqu’au dernier moment. Les obsèques ont eu lieu le lundi 22 janvier ».

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1940, n° 816, p. 21; n° 817, p. 25-26. Incertitudes dans Lettre à la Dispersion, 2 février 1940, n° 816, p. 21. Lettre du P. Clément Laugé, Lorgues, 24 janvier 1940. Notices Biographiques