Yves (René) LALENET – 1918-1998

Randonnée de guerre.
Le Frère Yves Lalenet, un brillant C.O.A. de la 22ème section, fut un hôte
assidu de l’Accueil d’Alzon (1) et du Bosquet pendant ses longs mois de
cantonnement à l’Ecole militaire. Depuis lors,
il a eu des aventures. Entraîné dans la débâche de Dunkerque en juin 1940,
il réussit à s’embarquer, passa quelques jours en Angleterre, fut
renvoyé en France, débarqua à Brest, échappa aux bombardements et aux
encerclements, d’étape en
étape traversa la France en diagonale, aboutit à Menton- Carnolès, puis
parcourut toute la Côte d’Azur, séjournant plus ou moins longuement à Nice,
à Antibes, à Fréjus, à Toulon, enfin à Hyères où sa vie militaire a pris
fin vers le milieu du mois de mai. Démobilisé, il est apparu au Bosquet le
23 mai, se disposant à rejoindre Lormoy où il va faire tranquillement sa
philosophie ».

Lettre à la Dispersion, 1941, n° 840, P. 264.

(1)On appelle ainsi le lieu d’accueil à Paris, dans le quartier François
1er, des religieux à l’armée qui transitent par la capitale.
(2) Bosquet est le nom de l’Avenue (n° 10) à Paris, résidence d’été pour la
Curie et centre des O.G.F.

Religieux de la Province de France.

Premier parcours.

Né à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 13 mars 1918, René Lalenet passe son enfance et sa jeunesse à Paris où habite sa famille. Au sortir de l’école primaire en 1931, il travaille de ses mains et milite dans la J.O.C. Agé de 13 ans, il reprend ses études à la maison des vocations tardives de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et les poursuit à Chanac (Lozère), de 1935 à 1937. Au noviciat des Essarts (Seine-Maritime), il fait profession le 3 octobre 1938, sous le nom de Frère Yves. Il accomplit une année d’études dite année complémentaire à Layrac (Lot-et-Garonne). Vient le temps du service militaire et de la guerre (1939-1941). Il peut entreprendre ses études cléricales à Lormoy (Essonne), interrompues en 1945 par six mois de caserne. Le 30 juin 1947, à la fin de sa troisième année de théologie, il est ordonné prêtre par Mgr Roncalli, nonce apostolique à Paris, futur Jean XXIII.

Banlieue Nord (1948-1976).

Le ministère du P. Yves a pour cadre, pendant 28 ans, les zones populaires et déchristianisées de l’actuel diocèse de Saint-Denis, au nord de Paris, d’abord au quartier de Joncherolles à Pierrefitte qu’il parcourt sur un vieux vélo, puis à Saint-Denis, à la chapelle Saint-Gabriel dans le quartier Pleyel qui compte à l’époque 8.000 habitants et quelque 188 chrétiens pratiquants occasionnels. De 1967 à 1976, il officie à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). On l’appelle ‘le petit Père’. Il se mêle volontiers à la population,, entre parfois dans un bistrot pour trinquer avec ses copains ou avec ceux qui le sont pas. De 1933 à 1976, il assume aussi la direction de l’Oeuvre des petits enfants abandonnés des faubourgs et de la banlieue de Paris qu’a fondée le P. Didier Nègre (1877-1953)

et qui abrite une quarantaine de fillettes dans l’Oasis de l’enfance, un château délabré de Béthisy-Saint-Pierre (Oise). Le Père se dépense sans compter pour elles. Le modeste bulletin qu’il adresse aux bienfaiteurs s’orne d’une gravure qui représente une petite fille dépenaillée suppliant Notre-Dame de la Mouise: ‘Z’ieute un peu si l’on est malheureux’. En 1957, il reçoit de l’Académie des Sciences morales et politiques le prix Marie-Laurent, destiné à la personne la plus digne pour l’accomplissement d’action de dévouement (1). Une ancienne de l’Oasis, venue un jour à Layrac, dit, les yeux mouillés de joie et de gratitude: « Le Père Yves a été mon père » (2).

Dans le monde rural (1976-1983).

Sept ans durant, le P. Yves passe au service du diocèse de Beauvais (Oise), dans la paroisse de Béthisy. Après la banlieue, les verdoyantes campagnes du Valois, autrefois chères à Rousseau et à Nerval, aujourd’hui plus riches d’histoire que de religion. Il est d’abord chargé des paroisses de Lagny-le-Sec et du Plessis-Belleville, totalisant quelque 3.000 habitants. En décembre 1979, il devient aumônier du centre spirituel de Loisy, tenu par les S?urs de Saint-Thomas de Villeneuve. Il y anime des retraites et aide les prêtres des environs.

Autres horizons ( 1983-1998).

Le Père Yves retourne au secteur de Pierrefitte en 1983. Il est affecté à celui de Montmirail (Marne) en 1984. L’année suivante, il va résider dans une grande communauté religieuse qui tient un hôpital à Vendôme (Loir-et-Cher) et rend des services à sa mesure. Il subit plusieurs opérations à partir de 1987. A la fin de mai 1992, il rejoint ses frères aînés à Layrac où le P. Louis Favé veille sur ses allées et venues très fraternellement. Il garde son sourire plein d’humilité et de bonté jusqu’à sa mort qui est subite, le 30 septembre 1998. Le corps du P. Yves Lalenet est inhumé à Layrac.

(1) Entrefilet de La Croix, 4 décembre 1957.

(2) Cité d’après le P. François Rumeau, le jour des obsèques du P. Yves Lalenet.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, p. Assomption-France, Nécrologie 1998, p. 445-446. Dans les ACR, du P. Yves Lalenet, quelques correspondances (1948-1961), rapports annuels sur Saint-Denis (1953-1963). L’article OEuvres des pet:its abandonnés des faubourgs et: de la banlieue de Paris publié dans Catholicisme, t. X (1983-1986), col. 25-26, cite le nom et l’activité du P. Yves Lalenet.