Yves (Y. -M.-Pierre) HAMON – 1864-1925

Présentation.
Après avoir longtemps prié Dieu de m’éclairer sur la grande affaire de ma
vocation, et après avoir consulté mon Directeur, je crois qu’il y
aurait du danger pour moi dans le clergé séculier. Pour m’en mettre à
l’abri et travailler plus efficacement à la gloire de Dieu et au salut
des âmes, je désire entrer dans une Congrégation religieuse adonnée à la
vie active. J’y avais déjà pensé, mais j’en ai pris la décision complète
pendant la retraite du commencement d’année. N’en connaissant aucune qui
pût mieux convenir à mes desseins que celle dont avez la
direction, je viens vous prier de m’admettre dans votre noviciat dans le
plus bref délai possible: il me tarde d’en faire le sacrifice. J’ai 24 ans
révolus depuis le 21 mars. Je suis exempt du service militaire comme ayant
un frère sous les drapeaux. J’ai fait mes humanités à l’?uvre apostolique
d’Avranches. De là je suis entré en théologie, le
25 février dernier, au grand séminaire de Poitiers. Mais n’ayant reçu ni
dimissoires ni exeat, je dépends encore du diocèse de Saint-Brieuc où je
suis né et où habitent mes bons parents. C’est aussi vous dire que je n’ai
pas encore le bonheur d’être entré dans la cléricature». Y. Hamon au P.
Picard, 1888.

Religieux de la Province de Bordeaux.

Fondateur des Oeuvres de Mer.

Né à Pleumeur-Goutier (Côtes-du-Nord) le 21 mars 1864, Yves-Marie-Pierre Hamon se destine d’abord au clergé séculier. Après ses classes primaires à Pleumeur-Goutier (1869-1880), il étudie à l’école apostolique du P. Féron à Avranches (Manche) de 1884 à 1887 et entre au grand séminaire de Poitiers (Vienne). Il demande alors à entrer dans la vie religieuse à l’Assomption. Le P. Picard lui donne l’habit à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), le 8 décembre 1888, sous le nom de Frère Yves. Profès annuel le 8 décembre 1889 et profès perpétuel le 8 décembre 1890, il étudie la théologie au Breuil (Deux-Sèvres) de 1890 à 1894, tout en enseignant à l’alumnat. Ordonné prêtre à Luçon le 23 décembre 1893, le P. Yves est attaché directement par le P. Picard dès le mois de février 1895 à l’aumônerie des OEuvres de Mer qui vient d’être constituée. Immédiatement envoyé à l’île de Saint-Pierre-et- Miquelon avec l’abbé Belin, de Saint-Servan, le P. Yves fonde, organise et dirige la ‘Maison de Famille’ qui peu à peu s’agrandit et se perfectionne pour offrir aux marins de long cours un lieu spirituel de repos, de reprise, de correspondance et de vie sociale à terre. Dès son premier retour en France, comme repos de cette première campagne de mer, le P. Yves est envoyé à Madagascar au titre d’aumônier militaire à bord du Notre-Dame de Salut que l’Etat français vient d’affréter comme navire- hôpital. En mars 1896, le P. Yves repart pour les côtes américaines, à bord du Saint-Pierre. Le navire fait naufrage le 30 mai. Sauvé à grand peine avec l’équipage, le P. Yves peut parvenir jusqu’à la Maison de famille. L’hiver suivant est consacré à la visite des marins sur les côtes de Bretagne. Il repart sur les bancs de pêche en mars 1897 et accompagne ensuite un pèlerinage en Terre Sainte à Noël.

Il continue son ministère à Terre Neuve en 1898 et 1899. Il fait une randonnée apostolique sur le French Shore, visitant les pêcheurs, improvisant les cérémonies religieuses et apportant à cette population mouvante une aide spirituelle. En 1900, il est désigné comme aumônier militaire de la Croix-Rouge en Chine, ce qui lui vaut la médaille d’argent de la Croix Rouge française. En 1901, il reprend son ministère près des marins en Islande où il peut établir une autre Maison de Famille à Fas-Krudfjord, jusqu’en 1906. Le P. Yves passe ensuite 5 années de ministère en Angleterre (1906-1911), se perfectionnant dans la langue anglaise. De 1912 à 1913, il retourne à la Maison de Famille de Saint-Pierre. Les fatigues de cette vie éprouvante lui font retrouver la vie à terre: en Angleterre, à Bethnal Green (1913-1920), Bourville (Seine- Maritime, 1920-1924). Les médecins ne peuvent enrayer la progression du diabète qui le ronge. Après un pèlerinage à Lourdes en août 1924, le P. Yves se retire à Tréguier (Côtes-du-Nord), près de son pays natal. Malgré les soins les plus dévoués qui lui sont prodigués, le P. Yves meurt le 3 janvier 1925. Il y est inhumé. Le P. Yves est un ouvrier de la première heure de ce nouvel apostolat spécialisé à l’intention des marins. Cette oeuvre lui doit son existence, son fonctionnement et son développement. Sa qualité de Breton, son dévouement aux humbles, son dédain pour tout confort, son attrait pour les situations aventureuses et même dangereuses, sa vigueur corporelle lui ont permis de remplir une tâche difficile et souvent ingrate auprès de ces marins qui l’avaient adopté et qui lui ont donné de nombreuses marques de confiance. Les bulletins annuels de la Société des (Oeuvres de Mer, de 1896 à 1913, ont publié ses rapports de campagne. On sent à travers ces lignes l’esprit surnaturel qui anime toutes les actions du P. Yves et la constance de son zèle apostolique pour secourir spirituellement ce milieu assez délaissé des pêcheurs bretons, le long des côtes de Terre Neuve et d’Islande.

(1) Pour soutenir cet apostolat spécifique, la Bonne Presse a créé en 1894 La Croix des Marins (1894-1914) et en 1898 l’éphémère La Croix des Terres-Neuves (1898-1899).

Bibliographies

?Bibliographie et documentation:

Lettre à la Dispersion 1925, n° 123, p. 374-375; n° 127, p. 405-412; n° 128, p. 413-416; n° 19, n° 421-425; n° 130, p. 429-435; n° 132, p. 445-460; 1926, n° 179, p. 102-103. L’Assomption et ses Oeuvres, 1926, n° 295, p. 19-22; n° 297, p. 51-54; 1931, n° 354, p. 3-5. Bulletin des Oeuvres de Mer (1924-1925). E. Lacoste (Ernest Baudouy), Le P. Yves Hamon, Bonne Presse, 1930. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Du P. Yves Hamon, dans les ACR, correspondances (1894-1921), rapport sur les oeuvres de Mer (1893,1906, 1912, 1913), rapport sur Bourville (1921), rapport sur la campagne de Chine (1900-1901). J. Dalbard, La Société des (Euvres de Mer, Saint Malo, 1991. Catholicisme, article Mer, t. VIII (1979), col. 1199-1206. Benjamin Gay, La Croix des Marins, périodique de la Bonne Presse, 1894-1914, mémoire de la maîtrise, Lyon III (1994), en dépôt à Valpré.