Yvon (Francois-Marie) LE VERN – 1911-1990

Melle, 1963.
« J’ai été très touché de votre bon souvenir, de vos félicitations
cordiales et de vos v?ux en cette année de mon jubilé d’argent sacerdotal.
J’ai attendu, pour vous exprimer ma reconnaissance, que la journée d’action
de grâces soit passée. Le bulletin de la maison, Les Miettes, dont un
numéro parait fin juin,
donnera des échos de cette fête du sacerdoce. Les alumnistes qui ont une
grande part dans la préparation de cette journée auront acquis, nous osons
l’espérer, une plus grande estime de leur vocation. La présence de nombreux
Pères, venus des alumnats, paroisses et collèges, aura été pour les
Religieux travaillant dans les alumnats la marque de l’intérêt porté à
cette oeuvre essentielle. L’année scolaire touche à sa fin. Les plus
grands, au nombre de 13, vont nous quitter pour Cavalerie. Nous espérons
que la relève se fera. Il me plaît de vous signaler que je vois, de temps
en temps, au tableau des classes, l’intention de prière:
‘Pour le P. Général, pour la Congrégation de l’Assomption’. En vous
assurant des prières de la communauté et des alumnistes, veuillez croire à
mes sentiments religieux et dévoués ».

Religieux de la Province de France.

Le temps de la formation.

François-Marie Le Vern naît le 24 juillet 1911 à Plouneventer (Finistère) et est baptisé le jour même. Après ses études à Saint-Maur (Maine-et-Loire), de 1924 à 1927, à Clairmarais (Pas-de-Calais), de 1927 à 1928 et à Melle (Deux-Sèvres), de 1928 à 1929, il entre au noviciat de Scy-Chazelles (Moselle) où il prend l’habit le 27 octobre 1929, sous le nom de Frère Yvon. Il y fait profession le 28 octobre 1930. Il reste à Scy-Chazelles pour trois ans de philosophie (1930-1933), accomplit son service militaire de 1933 à 1934 et étudie la théologie à Lormoy (Essonne) où il est ordonné prêtre le 6 mars 1938.

Guerre et captivité (1939-1945).

Le P. Yvon a déjà enseigné une année à Saint-Maur pendant sa mobilisation. En mai 1940, trois humanistes de Blou (Maine-et-Loire) lui écrivent pour sa fête. D(‘un secteur postal jouxtant la Belgique, il répond: « Les Boches sont à côté. Nous les attendons de pied ferme. Ils ne passeront jamais ». Un mois après, les troupes allemandes sont à Brest tandis que lui va méditer au Stalag IV B dans la Saxe profonde. C’est là que Michael Le Bec le retrouve, prénommé Franz, en septembre. En octobre, ils décident de quitter le camp surchargé et d’aller travailler. Avec une dizaine de camarades, ils débarquent parmi des tas de bois, à 20 km de Leipzig. Ils sont charpentiers dans une entreprise de bâtiment. Le P. Yvon en garde de cette époque des souvenirs inoubliables de la messe quotidienne dans la barque, de l’office récité matin et soir, des bombardements. A partir de 1945, lui et ses compagnons vivent dans la peur. Dès que sonne l’alarme, c’est le sauve-qui-peut général. Franz et Michaël se réfugient dans une bouche d’égout

recouverte d’une plaque de fer, tandis que des centaines de points lumineux promènent la mort sur leurs tètes, dans des grondements sinistres suivis d’une sarabande dantesque.

Paroisses et enseignement.

Franz redevient le P. Yvon: il a devant 45 ans de vie active, dont 26 en paroisses et 19 pour l’enseignement. Il oeuvre en paroisse à Aytré près de La Rochelle (Charente-Maritime), de 1945 à 1946, à Notre-Dame de Salut à Bordeaux (Gironde), de 1965 à 1966 et dans le secteur de Melle, de 1966 à 1990. Dans l’enseignement ses fonctions sont variées. Il est professeur au collège Jeanne-d’Arc à Tarbes (1946-1949), préfet de discipline et professeur d’histoire au collège Sainte-Barbe à Toulouse pendant 12 ans, puis supérieur de l’alumnat de Melle, de 1961 à la fermeture en 1965. Bon sans être débonnaire, exigeant sans être tatillon, proche des élèves et des parents sans familiarité, il a coutume de prêcher le dimanche à Castelginest et autres lieux. Ses virées dominicales se font à bicyclette au temps où les routes ne sont pas encore dangereuses. Son avant-dernière maison est Pont-l’Abbé d’Arnoult (Charente-Maritime) à partir de mai 1990. En juin il doit être hospitalisé à Saintes. Au cours de l’été, il rejoint Layrac (Lot- et-Garonne) où il meurt le 27 octobre. Il y est inhumé.

Figure d’un pasteur.

« Le P. Yvon a d’abord voulu être un homme au milieu des hommes. Cette volonté le rend proche de ses paroissiens de Paizay, de Pouffonds et de Saint-Génard (Deux-Sèvres). Il aime rendre visite à Improviste, surprendre les gens dans leur travail et parier avec eux de leur vie. Il n’hésite pas non plus à mettre la main à la bêche ou au sarcloir pour faire pousser dans les jardins du presbytère toutes variétés de légumes qu’il est fier ensuite d’apporter à la communauté. Dans cette activité très terre à terre, il puise un équilibre, une contemplation et une sagesse qui rejaillissent dans sa prière et l’expression de ses partages d’Evangile. Il est très vite estimé par ses paroissiens comme un ‘homme de Dieu, avec ce que cette expression peut évoquer à la fois de proximité humaine et de proximité avec Dieu. Tout le temps où ses forces physiques le lui permettent, le P. Yvona été un prêtre accueillant et zélé. par son sens de l’accueil, il est celui qui fait le lien entre les différentes sensibilités religieuses. Il n’aime pas la critique et le fait savoir. Il a le c?ur et l’âme de ces pasteurs d’autrefois, attentifs aux joies et aux peines de tous, connaissant avec précision les degrés de parenté et d’alliance de chaque famille. Quand il doit décrocher du ministère paroissial, il ne reste pas inactif. L’après-midi, il s’en va, au volant de sa 2 CV, visiter les malades et les personnes âgées de l’hôpital, du foyer- logement de Chaillé. jusqu’au bout, il accompagne un groupe de vie montante. Fidèle à la lecture, il croit à l’apostolat par la presse… Don compagnon en communauté, il a fait de l’Assomption sa seconde famille » d’après P. Joseph Rolland.

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Documents Assomption, Nécrologe (IV) 1987-1990, p. 107-108. Assomption-France, Nécrologie, année 1990, p. 185-186. Lettre du P. Yvon Le Vern au P. Wilfrid Dufault, Melle, Il juin 1963. Dans les ACR, du P. Yvon Le Vern, un rapport sur le recrutement pour la Province de Bordeaux (1964), des rapports sur Melle-alumnat (1961-1963), quelques arti- cles dans le bulletin de Melle: ‘les Miettes’, quelques correspondances (1962-1964).