Yvon (Georges) RINGOET – 1923-1999

Cali, 1954. « Lors de l’entretien que vous m’avez accordé à Gosselies avant
mon départ pour la Colombie, vous m’avez demandé de vous envoyer des
nouvelles sur ce pays. La situation est
tellement confuse ici qu’il est difficile de se faire une idée exacte sur
les événements. Je me garde bien de porter un jugement sur les faits
passés. Actuellement le P. Zénobe
[Goffart] est ici, envoyé par le P. Régis [Escoubas] au sujet de notre
affiliation à la Province d’Amérique du Sud. Tout est remis en question si
la Colombie retourne à la Belgique. Vous connaissez les débuts de la
mission ici. La plupart des religieux sont venus contre leur gré, sans
aucune préparation. Cali connaît un climat épuisant, les santés s’épuisent
rapidement, le travail à faire est immense. Depuis la fondation de la
paroisse San Nicolas, cinq
autres paroisses ont été créées sur le territoire. Les Pères ont travaillé
admirablement et édifié 5 à 6 églises. Ils
devaient pouvoir compter sur une vie de communauté, des encouragements des
Supérieurs. Tout cela a fait défaut, les solutions apportées sont
boiteuses. Il faut une préparation intellectuelle, paroissiale, religieuse.
La question flamands-wallons ne se posait pas avant le P. Renaat ».

Notices Biographiques A.A

Religieux de la Province de Belgique-Sud. Une vie de missionnaire en Colombie. Georges Ringoet est né à Andenne en Belgique le 26 juillet 1923. Il fait ses classes moyennes au collège d’Andenne de 1935 à 1938. En 1938, il entre à Sart-les-Moines pour y terminer ses humanités en 1941. A la fin de son noviciat commencé à Taintegnies en septembre 1941, il prononce ses premiers vœux le jour de la fête de saint Michel, le 29 septembre 1942, sous le nom de Frère Yvon. Puis il fait une première année de philosophie au Bizet (1942-1943), suivie de deux autres à Saint- Gérard (1943-1945). C’est là également qu’il entreprend ses études de théologie (1945-1948), terminées au scolasticat de Hal en 1949. Il est ordonné prêtre le 8 mai 1949. Il est alors envoyé à l’Université catholique de Louvain où il obtient la licence en sciences politiques et sociales en 1952. C’est là qu’il rencontre le futur abbé Camilo Torrès (1). Le P. Yvon fait une expérience de vie pastorale à Jolimont (Haine-Saint-Pierre), comme vicaire de 1952 à 1953. Le 28 février 1954, il arrive à Cali en Colombie, dans la paroisse San Nicolas. L’année suivante est décidée la fondation du collège Emmanuel d’Alzon à Bogota, la capitale. Il fait partie de l’équipe fondatrice. C’est là qu’U donne la pleine mesure de ses moyens. Successivement fondateur, directeur, ‘sous-directeur, professeur de philosophie et de sciences sociales, il laisse le souvenir d’un « éducateur chrétien, d’un maître honnête, animé d’une ténacité et d’un grand sérieux pour le travail intellectuel, ce qui rend compte de son goût prononcé pour la Tradition et ses réticences devant les nouveautés. Comme un homme qui aime rendre service à tous et dans tous les domaines, le P. Yvon est un religieux passionné pour la vérité. Comme fondateur du collège d’Alzon, il en partage les joies et les peines, les échecs et les réussites. A.A Il ne fait qu’un avec lui et lui reste fidèle jusqu’au bout » témoigne le P. François Lenglez. Ce travail de longue haleine est d’ailleurs reconnu par les autorités officielles. Le P. Yvon reçoit la Médaille d’or du mérite professionnel et enseignant, des mains de l’Association Interaméricaine de l’Education, la Médaille civique Camilo Torrès, lère catégorie, pour services rendus à l’éducation colombienne. Il est enfin promu le 15 avril 1985 Officier de l’Ordre de la Couronne par l’Ambassade de Belgique en Colombie en guise de reconnaissance pour l’oeuvre extraordinaire qu’il a entreprise en Colombie, notamment au collège d’Alzon dont il est l’un des fondateurs. En outre le P. Yvon a organisé et administré la gestion de la ‘seconde journée’, consacrée aux plus démunis. Ceux-ci peuvent ainsi suivre les cours et recevoir, pour un prix modique, du pain, un verre de lait et un fruit confit. C’est sa manière bien à lui, pratique, de servir les pauvres. Plusieurs de ses confrères aiment rappeler ses passions et violons d’Ingres: la photographie, le bricolage. Il aime passer des heures dans son atelier à scier, découper, rassembler, coller des morceaux de triplex. Il en sort des crucifix, des crèches, des personnages de bandes dessinées, dàac animaux de la préhistoire. Il est un passionné d’archéologie, de la préhistoire colombienne et de l’histoire de la période coloniale. Il visite plus de 25 fois le site historique de San Agustin, dans le département de Huila, sur la côte atlantique. Toutes ses activités ont fini par miner la santé robuste du P. Yvon. Connaissant ses problèmes de santé, il souhaite encore une fois rentrer au pays natal avant de retourner mourir en Colombie. La vie en décide autrement. Il est victime d’un infarctus, d’une thrombose et d’une pneumonie qui ont raison de sa résistance. Le 10 juillet 1999, à la clinique de Huy, il rend le dernier soupir. Les funérailles et l’inhumation ont lieu à Saint-Gérard le mardi 13 juillet (2). (1) Camilo Torrès est un prêtre révolutionnaire colombien né à Bogota en 1929, issu de la bourgeoisie de la ville, étudiant à Louvain, prêtre en 1954 qui fonda le département de sociologie à l’Université de Bogota et devint membre de l’institut pour la réforme agraire. Rallié aux idées de la révolution marxiste, il lance en 1965 un parti politique, le front uni du peuple. Réduit à l’état laïc, il trouve la mort le 15 février 1966 dans une unité de guérilleros combattant les forces gouvernementales. (2) D’après les notes du P. Arthur Jaflet, des P.P. François Lenglez et Raymond Besseling.

Bibliographies

Bibliographie et documentation : Documents Assomption, Nécrologe (VIII) 1998-1999, 1999, p. 123-124. Belgique-Sud Assomption, 1999, n° 268, p. 3752-3760. Lettre du P. Yvon Ringoet au P. Aubain Colette, Cali, le 29 juin 1954. Dans les ACR, du P. Yvon Ringoet, rapport sur le collège d’Alzon à Bogota (1961), trois correspondances (1954). Notices Biographiques