Yvon-Marie (Jules) BARLET – 1891-1958

Portrait.

Le Fr. Yvon-Marie est un frère coadjuteur intelligent, principalement dans
l’ordre pratique, très habile de ses doigts: jardinier, menuisier, travail
du fer, marqueterie, dessin, sculpture sur bois.
C’est un sujet précieux, mais malade du cœur. Il n’a malheureusement pas la
patience nécessaire pour être un bon maître artisan. Vif et susceptible, il
aime bien faire par lui-même le travail qu’il pourrait apprendre à faire
faire par d’autres. C’est un peu dommage, mais il rend de grands services

Je sollicite pour lui une dispense du manque de 35 jours sur le temps
prescrit du noviciat: 31 jours passés à l’hôpital pour une opération de la
prostate et 4 jours de convalescence à l’orphelinat
de Douvaine. Je fais cette demande en raison de l’âge du Frère et de ses
excellentes dispostions. Il est venu demander à la Congrégation, à l’âge de
60 ans, la possibilité d’offrir et de consacrer le reste de sa vie à Dieu
et à l’Église comme frère coadjuteur après le décès de sa femme, morte en
1950 dans les Ardennes …
»

Des rapports de ses maîtres au noviciat, les P, Christophore Fiquet et
Romain-Camille Durand.

Religieux de la Province de Lyon.

Un ouvrier de la 11ème heure.

Jules Barlet est né le 12 avril 1891 à Soulaincourt dans la Haute-Marne, au diocèse de Langres. Les fiches de renseignements ignorent tout de sa formation initiale, sans doute limitée à la communale. Par contre, il paye lui- aussi un lourd tribut à la cause nationale et militaire, en accomplissant un temps de service d’octobre 1912 à juillet 1919. Par la suite il exprimera qu’il avait bien pensé à cette époque devenir religieux, mais que des devoirs de famille l’ont retenu ‘dans le monde’. Il se marie et exerce à Charleville-Mézières (Ardennes) le métier de modeleur en usine. Il devient veuf en 1950, ses parents sont tous deux décédés: n’ayant plus d’obligation ou de charge, il se présente au noviciat de Nozeroy (Jura) où l’accueille le P. Christophore Figuet. Il y prend l’habit le 28 juin 1951 et prononce ses premiers vœux annuels le 5 août 1952. Il les renouvelle régulièrement jusqu’à sa profession perpétuelle le 14 août 1955. Il est affecté sur place pour rendre les nombreux et indispensables services qu’une maison comme celle de Nozeroy, vénérable sans doute mais vétuste, attend d’un entretien et d’un renouvellement indispensables à sa marche. Sa santé souvent chancelante, notamment une grave maladie de cœur, l’oblige à de longues et fréquentes périodes de repos.

Une vie humble et cachée au noviciat de Nozeroy.

« Les anciens de la communauté de Nozeroy ont gardé bien vivants le visage et le souvenir de ce postulant de 60 ans, assis au réfectoire à côté de jeunes de 16 ou de 17 ans, priant avec eux à la chapelle dans les derniers rangs. Bien que chaque saison d’hiver le gardait dans son lit durant des jours et parfois des semaines, il n’a pas manqué de rendre de précieux services à la communauté.

Sans exagération, je ne crois pas qu’on puisse parcourir dans notre maison une salle, un corridor, un escalier sans y trouver les fruits de son travail et de son habileté manuelle. Menuiserie, ferronnerie, maçonnerie même, mais surtout ébénisterie, tout cela était son domaine, sans oublier les bricolages de toute espèce qui sont toujours de saison dans une maison vieille et grande comme la nôtre. Mais surtout, avant d’être un maître-ouvrier, Fr. Yvon-Marie fut un bon religieux durant les sept années de sa vie consacrée, priant longuement chaque jour, assidu aux exercices de piété, humble et modeste ».

Les derniers jours.

Il s’alite au début de février (1958). Le mal s’aggravant rapidement, pour qu’il soit mieux soigné, on le transporte à l’hôpital Sainte-Barbe, tenu par les Sœurs du Saint-Esprit et voisin de notre séminaire. Depuis lors, chacun S’ingénie pour aider le malade et le soulager, à commencer par le Dr Drevaux qui pousse jusqu’à l’extrême limite son dévouement. Puis les Sœurs sont la bonté même envers le Frère, comme d’ailleurs envers tous les malades. Et aussi les Pères et les Frères du noviciat qui se relaient auprès du Fr. Yvon nuit et jour. De lui-même le malade demande plusieurs fois le sacrement; le 21 février, il reçoit ce sacrement des malades en pleine connaissance et en présence de la communauté, et, depuis lors les prières des religieux et novices ne cessent de le confier à Notre-Dame de Lourdes, durant la quinzaine anniversaire des apparitions. Le 5 mars (1958), premier vendredi du mois, le Frère Yvon-Marie est mort. Les funérailles ont lieu le dimanche 7 mars, en présence de nombreux membres du clergé, beaucoup d’amis de Nozeroy et des environs qui voulaient s’associer à la peine et à la prière de la communauté. Le Frère Yvon-Marie repose dans le caveau du noviciat, auprès du Fr. Cyprien Dupoux et du P. Gausbert Broha, qui est aussi le caveau des défunts de l’ancien petit séminaire occupé par l’Assomption.

Bibliographies

Bibliographie : B.O.A. juin 1959, p. 53. Lettre à la Famille 1958, n° 249, p. 49 Rhin-Guinée, avril 1958, n° 5, p. 2.