Charles (Marie-Nicolas) THIERY – 1857-1933

Jérusalem, 1903.
« Le médecin m’ayant trouvé quelque peu fatigué, le P. Germer-Durand m’a
envoyé passer quelques jours à la Trappe de El Athroun . J’ai demandé et
obtenu d’emmener le Frère Gaston [du Buysson] qui ne se sent pas de joie.
Les PP. Victor et Paul subissent régulièrement deux sermons par jour: ils
en font des gorges chaudes, cela n’étant que passager. Je le fais sortir
deux fois le jour. Il ne prend aucune précaution contre le soleil et se
porte comme un charme. J’ai constaté que la cataracte faisait son chemin et
que sa vue baissait beaucoup. Il est surpris que vous ne parliez pas de son
testament. A Jérusalem je le fais écrire quelques lignes à la main de temps
en temps, mais il ne peut faire une phrase entièrement lisible. Je ne
réponds pas qu’il pourra écrire ce testament en entier. Nous comptions que
vous auriez envoyé nos rapports de Constantinople, mais comme vous avez eu
beaucoup à faire, nous comptons que vous penserez à nous à Louvain, de
façon à permettre la cérémonie le 8 comme cela a été proposé. Si toutefois
il y avait retard, ce serait pour la nuit de décembre. Le P. Antonin
[Coggia] a dû vous parler de l’exigence du P. Mestte (?)…”.

Religieux de la Province de Lyon. Résumé biographique. Marie-Nicolas Thiery (1) est né le 13 décembre 1857 à Viocourt, près de Châtenois (Vosges). On ne sait rien de sa jeunesse sinon qu’il a été un temps maire de son petit village. Au printemps 1896, il participe au pèlerinage de Jérusalem et reste à Notre-Dame de France comme postulant. Le P. Athanase Vanhove lui donne l’habit religieux le 4 octobre 1896, sous le nom de Frère Charles, alors âgé de 39 ans. Il y prononce ses premiers vœux, le ler avril 1900 et ses vœux perpétuels, le 12 janvier 1907. Il doit quitter la ville de Jérusalem lorsque toute la communauté en est expulsée par l’autorité turque le 14 décembre 1914, en raison des alliances militaires des camps adverses. Les religieux de Notre-Dame de France, non mobilisés, aboutissent à Rome. Le Frère Charles n’y passe que trois mois, de janvier à mars 1915, puis il est envoyé à la maison de Vinovo, près de Turin, où il cultive le jardin (avril 1915-novembre 1922). A la fermeture de l’alumnat de Vinovo, il passe à la maison de Lorgues (Var) en novembre 1922 et continue à s’y dévouer au service de la communauté. C’est là qu’il meurt, le 28 janvier 1933. Il est inhumé au cimetière de la commune. Traits d’une personnalité. « je me félicite d’avoir connu le Frère Charles 5 ans à Jérusalem et 8 ans à Vinovo. Il me semble qu’il est venu trop tard en ce monde. Il aurait dû naître au XIIIème siècle et se mettre à la suite du poverello d’Assise. Il était fait pour vivre parmi les moines simples et frustes de la Thébaïde. Il aimait la vie solitaire, priante, laborieuse et absolument détachée de toutes contingences terrestres. Rien de moins compliqué que sa vie de religieux partout où je l’ai vu. Il n’y avait pour lui au cours de l’ année que deux espèces de jours, Page : 53/53 les jours de travail qui se ressemblaient tous, du matin au soir, et les jours de repos, dimanches et fêtes, toujours les mêmes aussi. Il s’était fixé un horaire qu’il suivait sans variation ni défaillance. On le trouvait à la chapelle soir et matin à la même heure. A la même heure encore il allait au jardin et en revenait. Il lui fallait la solitude. Il travaillait tout seul. en priant ou en chantonnant. Lui donnait-on des aides, par exemple à Vinovo, des alumnistes pour bêcher ou approprier les jardins? D’abord, il n’y tenait guère et il ne prenait guère au sérieux ce travail d’enfants. Pour lui, ils venaient s’amuser. Il les laissait manœuvrer dans le jardin à leur aise et il continuait, lui, sa besogne solitaire, comme si de rien n’était. Le Frère, par suite, était incapable de former quelqu’un au travail, de le diriger ou même de l’utiliser. Il laissait faire. Il était détaché des choses de la terre d’une manière incroyable. Il se contentait de n’importe quoi comme vêtement, comme logement, comme nourriture, comme instrument de travail. Il était bien n’importe où. Il serait toujours resté dans la même maison sans demander aucun changement. Il n’a quitté Jérusalem, puis Vinovo, que par la force des événements. En voyage, sa valise était un sac, le premier venu, où il enfermait tout pêle-mêle. Il aima certes Jérusalem et cependant je crois bien qu’il n’y était pas attaché et qu’il trouva tout naturel d’en partir, chassé par les Turcs, avec quelques hardes dans un mouchoir. Je crois bien que jamais il n’a demandé à revoir son pays natal ni les siens. Cela ne lui venait même pas à l’esprit. Il faut voir avec quelle indifférence surnaturelle il apprenait la mort d’un parent. c’était à la fois édifiant et désopilant. Quand le P. Athanase lui apprit la mort de son père, il prenait des détours pour ménager le Frère. Celui-ci devina et prit les devants … ». D’après le P. Louis de Gonzague Martin. (1) C’est ainsi qu’il orthographie lui-même son nom sur sa fiche de renseignements. Comme il a été maire de sa commune, on peut supposer qu’il devait être suffisamment familier avec les fantaisies orthographiques de l’état civil pour ne pas écorcher son patronyme. On dut par la suite sans doute assimiler l’orthographe de son nom à celle du prénom courant. On trouve aussi comme prénoms religieux ‘Charles-Emile’. Page : 54/54

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1933, n° 470, p. 33; n° 471, p. 45-46; n° 473, p. 57-59. L’Assomption et ses Oeuvres, 1933, n° 361, p. 284. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Dans les ACR, du Frère ChaÉles Thiery, correspondances (1901-1903).