Joannès (Jean-Baptiste) THIBAUT – 1872-1938

Saint-Chamond, 1906.
« Voilà quelques mois que je suis en France pour y régler de graves
questions de famille. Entre temps j’ai pu mettre la dernière main à un
ouvrage sur la musique grégorienne. Je crois savoir que c’est vous-même qui
avez été désigné comme censeur par le P. Emmanuel Bailly. Je
lui ai écrit pour lui demander s’il fallait vous soumettre mon travail ou
si, en considération de son caractère archéologique, il préférait me donner
le P. Benjamin [Laurès] ou le P. Ernest [Baudouy] comme censeurs.
Jusqu’ici, je n’ai eu aucune réponse et le temps presse. Il est impossible
de m’éterniser en France. Il me faut chercher un éditeur ad hoc, ce qui ne
sera pas chose aisée, car l’impression de mon ouvrage présente de grandes
difficultés. J’y serai sans doute pour une somme de 2.000 que j’ai en main.
Un tel marché ne saurait se faire convenablement à distance. Je n’aurai pas
trop de vos conseils et de votre direction pour mener à bien
cette affaire. Je demande donc d’aller vous trouver à Paris pour vous
soumettre mon travail et vous faire approuver chacune de mes démarches.
J’ai à régler à Paris avec un cousin germain
une question d’héritage
épineuse, ce qui peut prendre du temps”.

Religieux de la Province de Paris. Etapes de son parcours de vie. Jean-Baptiste Thibaut est né à La Chaléassière, paroisse de Rontaud, Saint-Etienne (Loire), le 5 octobre 1872. Il fait ses études primaires à Saint- Chamond (Loire) où ses parents sont domiciliés et ses études secondaires dans une école apostolique à Grenoble, tenue par les Pères de La Salette. C’est en 1891 qu’il demande son admission à l’Assomption. Pour le faire bénéficier de l’article 50 de la loi militaire, il est envoyé au noviciat de Phanaraki (Turquie) où il prend l’habit le 27 septembre 1891, sous le nom de Frère Joannès. Profès annuel en octobre ou novembre 1892, il prononce ses vœux perpétuels le ler novembre 1893 à Jérusalem où il est envoyé pour ses études philosophiques. De 1896 à 1898, il réside à Kadi-Keuï, à Istanbul, pour les études de théologie. Il est ordonné prêtre le 25 avril 1900. Nous le trouvons en résidence à Philippopoli (1898-1899), à Koum-Kapou (18991901), à Varna en Bulgarie (1901-1903), à Karagatch (1903-1905), quatre lieux où il est principalement enseignant et d’où il prête sa collaboration aux Echos d’Orient (1), à Odessa en Russie (1907-1911) où il est aumônier d’un pensionnat de Sœurs polonaises, à Saint- Pétersbourg alors capitale russe (1911-1914), sous les drapeaux pendant la grande guerre (1914-1919) où il reçoit l’insigne des blessés, à Bourville (1919- 1920). Après l’armistice, le P. Joannés reparaît sur les rives du Bosphore, à Kadi-Keuï de 1920 à 1922. Il retourne en Occident après la victoire kémaliste, où la Congrégation lui confie divers emplois, à Bourville en Normandie (1922-1927), aux Essarts près de Rouen (1927-1929), emplois qui lui ménagent des loisirs pour la continuation de ses travaux de recherche et de publication. Il ne les abandonne pas, même lorsque sa santé très affaiblie l’oblige à se retirer à Lorgues (Var), Page : 47/47 de 1929 à 1938. C’est là qu’après de longues et cruelles souffrances, il meurt presque subitement dans la nuit du 6 au 7 avril, aux alentours de minuit. Le P. Joannès était membre de l’institut archéologique russe de Constantinople et du Sylloge musical du Phanar- Constantinople. L’hommage de ses pairs. « Riche nature, vive sensibilité, esprit inventif, le P. Joannès Thibaut est doué d’un sens musical extrêmement délicat qu’il affine encore par l’exercice et l’étude. Son séjour en Orient lui en donne mainte occasions. Dans le vaste champ de recherches qui S’offre à l’activité conquérante de la première équipe qui fonde les Echos d’Orient, il a vite choisi sa part, la musique byzantine. Dans ce domaine encore peu exploré, on peut dire qu’il est l’un des principaux pionniers et, par son souci de remonter aux sources, truités ou monuments, il ouvre aux chercheurs de nouvelles voies. Mentionnons en particulier de sa riche bibliographie trois ouvrages principaux. Origine byzantine de la notation neumatique de l’Eglise latine (1907), Monuments de la notation ekphonétique et neumatique de l’Eglise latine (1912), Monuments de la notation ekphonétique et hagiopolite de l’Eglise grecque (1913), par lesquels il reste et restera toujours connu. Après la guerre mondiale il a le malheur de laisser toutes ses notes à Saint-Pétersbourg le P. Joannès Thibaut se laisse principalement attirer par les problèmes de liturgie primitive et produit dans cet ordre divers travaux remarquables où une scrupuleuse observation des textes s”allie avec un don ingénieux de reconstitution. On lui doit en effet dans le domaine de l’érudition musicale et liturgique de nombreuses études publiées dans des revues de langue française, allemande et russe. Sur la question des origines de la liturgie et de la musique latines, il émet parfois des opinions très personnelles qui lui valent de sérieuses controverses avec d’autres spécialistes, notamment bénédictins ». D’après le P. Venance Grumel. (1) Jean Darrouzès et Albert Failler, Tables générales des Echos d’Orient (1897-1942), Paris, 1986, p. 76 (liste des articles du P. Joannès Thibaut parus dans la revue). Page : 48/48

Bibliographies

Bibliographie et documentation: Lettre à la Dispersion, 1938, no 748, p. 69; no 749, p. 74-75. Notice biographique par le P. Marie-Alexis Gaudefroy. Echos d’Orient, juillet décembre 1938, no 191-192, p. 501-504 (bibliographie) . Dictionnaire de Théologie Catholique, Tables t. I, 327-328. Lettre du P. Clément Laugé au P. Gervais Quenard (mort du P. Thibaut), Lorgues, 8 avril 1938. Lettre du P. Joannès Thibaut au P. André Jaujou, Saint-Chamond, 21 janvier 1906. Du P. Joannès Thibaut, dans les ACR, rapports sur les études byzantines (1921), sur Bourville (1926-1927), sur les Essarts (1927-1928), correspondances (1894- 1932). Pour la bibliographie du P. Joannès Thibaut, se reporter à l’article nécrologique du P. Venance Grumel dans les Echos d’Orient, numéro de 1938 cité.