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L'oecuménisme aujourd'hui. Le groupe des Dombes, par Michel Leplay

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Mais qu'est-ce qu'un groupe ? Par rapport à une assemblée, à une communauté, à une équipe ? Un groupe, selon le sens italien primitif, est la " réunion de plusieurs figures formant un ensemble, dans une oeuvre d'art" ... Définition originale sinon excessive, à laquelle on préférera le français plus réaliste : " Ensemble de personnes réunies dans le même lieu, ayant un point commun ... . Et voilà qui convient au " Groupe des Dombes ..., tant pour l'aspect conjoncturel et localement provisoire de la rencontre que pour son objectif, de " point commun ..., point de départ de la vocation oecuménique, point de suture de nos blessures confessionnelles, point omega de la prière exaucée.

Histoire et géographie

 A l'origine, une rencontre franco-suisse, simple comme une frontière plus réellement franchie que tracée, entre l'abbé lyonnais Remilleux, encouragé par son évêque, et le pasteur bernois Baümlin, tous deux fraternels pionniers d'une reprise du dialogue entre catholiques et protestants

A l'origine, une rencontre franco-suisse, simple comme une frontière plus réellement franchie que tracée, entre l'abbé lyonnais Remilleux, encouragé par son évêque, et le pasteur bernois Baümlin, tous deux fraternels pionniers d'une reprise du dialogue entre catholiques et protestants : non pas de manière officielle et institutionnelle, mais avec la liberté responsable de mettre en oeuvre un travail oecuménique original. Cette première cellule voyait son extension interrompue par la guerre, en 1939. Elle trouverait, la paix revenue, un accueil favorable et durable à la Trappe des Dombes, abbaye construite un siècle plus tôt, entre Rhône et Saône, une terre amphibie aux eaux stagnantes et inhospitalières, bientôt canalisées au profit d'un assèchement fertile et au prix de la peine des premiers moines. L'architecture religieuse de ce grand ensemble de briques le garde, par sa banalité solide, de toute prétention esthétique, et le paysage plat donne parfois au coucher du soleil des gloires eschatologiques. C'est dans cette maison de prière et de travail que depuis 1948 le Groupe se réunit chaque année début septembre, constituant ce que le père Jourjon appelle " notre petite paroisse de septembre " Tout est calme, un peu pauvre, sous les mots de l'inaccessible exigence augustinienne puis cistercienne : " La mesure d'aimer Dieu, c'est d'aimer sans mesure "

Progressivement, le Groupe des Dombes a trouvé et reçu sa composition, son fonctionnement, quarante théologiens, prêtres et pasteurs, luthériens et réformés, français ou suisses, depuis peu quelques femmes, voire laoques, comme un premier pas heureux vers la parité patristique moderne. L'important est que chacune, chacun d'entre nous, coopté par ses pairs, soit engagé de bon coeur, solidaire de sa tradition ecclésiale, même s'il n'est pas explicitement délégué par une Eglise. La volonté de travailler sans presse et sans paresse, sans ambition de convaincre ni démission par impatience.

La direction et l'animation des travaux, et l'écoute comme des conversations à quarante, un miracle permanent, sont confiées au soin de deux vice-présidents (le père Bruno Chenu et le pasteur Jean Tartier, actuellement), et à la vigilance de deux animateurs-secrétaires. Ce régime de démocratie légère fonctionne tout aussi bien depuis trois ans, dans le monastère des sÏurs bénédictines de Pradines (Allier) qui nous font bénéficier de leur hospitalité après le changement de statut de la Trappe des Dombes.

Spiritualité et théologie

 La vie spirituelle est vraiment la source du travail théologique. On entendra par spiritualité, et un certain état d'esprit, de confiance et de franchise, de patience et de liberté, mais aussi de retenue et de délicatesse, et un humour sans faille ni excès...

La vie spirituelle est vraiment la source du travail théologique. On entendra par spiritualité, et un certain état d'esprit, de confiance et de franchise, de patience et de liberté, mais aussi de retenue et de délicatesse, et un humour sans faille ni excès, et une certaine pratique liturgique régulière, mise en oeuvre avec discipline, ferveur, accord permanent tant pour la participation aux offices que célèbre la communauté que pour les eucharisties et cènes propres au Groupe. L'hospitalité réciproque est alors un don exceptionnel qui scelle et renouvelle une écoute commune de la Parole que l'Esprit dit aux Eglises. Le mot central est l'ultime " Maranatha ".

Après une trentaine d'années de travaux d'approches et d'inventaire du contentieux multi-séculaire en Occident, au bénéfice d'accords provisoires et partiels, mais tenus au secret des archives, la méthode se modifie en 1971. Aux " thèses " préparatoires qui jusqu'en 1968 avaient porté déjà sur Les ministères et les sacrements, Le Saint-Esprit et l'Eglise, notamment, vont faire suite des documents plus élaborés, publics, publiés. En tête, non sans un point d'interrogation, un accord signé avec allégresse et confiance dans la jeunesse d'un fameux printemps : Vers une même foi eucharistique ? (Accord entre catholiques et protestants, Les Presses de Taizé, 1972). A l'époque, en effet, cette communauté nous accueillait en alternance avec la Trappe des Dombes, et nous y fûmes interpellés en septembre 1968 par de jeunes chrétiens évangéliquement impatients de notre réconciliation... Comme le seront d'autres documents, celui-ci comporte un volet doctrinal, un autre plus pastoral, un commentaire enfin, plus un rappel des thèses précédentes.

Depuis, une sorte de logique interne de la problématique oecuménique en théologie nous conduisait à reprendre, dans leur articulation au centre, les grands sujets ecclésiaux en panne de clarification, voire de consentement : Pour une réconciliation des ministères (1972), Le ministère épiscopal (1976), Le Saint-Esprit, l'Eglise et les Sacrements (1979), Le ministère de communion dans l'Eglise universelle (1985), tous ces textes d'accord ayant été réunis en un seul volume, à l'occasion du cinquantenaire du Groupe : Pour la communion des Eglises (Le Centurion, 1988, 236 pages, 75 F). Suivraient, comme mise à l'épreuve, un appel : Pour la conversion des Eglises (1991) et enfin, comme mise en oeuvre de cette promesse, Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints (un seul volume, Bayard-Centurion, 1999, 195 pages, 75 F). Cette étude approfondie et paisible avait, comme les précédentes, choisi de remonter l'histoire de la foi et des Eglises, des temps modernes à ceux des pères, puis à l'Ecriture, comme validation ou correctif de nos traditions.

Espérance et prospective

 Avec ces promesses dans leurs sacoches, cuir romain ou toile réformée, les pionniers de l'oecuménisme peuvent et doivent continuer le chemin

Notre espérance s'inscrit en effet dans une prospective : celle-ci, tenant compte de l'inventaire comme des réparations proposées, n'est ni un calcul optimiste, ni un dessein prémédité, mais une avancée, année après année, dans la foi -s'il ne semblait pas trop prétentieux de se réclamer du patriarche qui " partit sans savoir où il allait ". Mais à ce protestantisme biblique de l'aventure ecclésiale vient s'ajouter la conviction catholique de la fidélité christique : " Un autre te mènera oùtu ne voudras pas ". Avec ces promesses dans leurs sacoches, cuir romain ou toile réformée, les pionniers de l'oecuménisme peuvent et doivent continuer le chemin.

Nous sommes encouragés dans la poursuite de ce voyage, malgré les ralentissement ou déviations de la circulation, par trois facteurs objectifs : d'abord l'intérêt des chrétiens pour les travaux du Groupe des Dombes et les appels que nous recevons pour les faire connaitre. Ensuite, leur traduction dans quelques langues étrangères, pour certain du moins, en anglais et en allemand, et jusqu'à deux traductions (concurrentes ?) en italien pour la petite Marie. Enfin, avec gratitude, nous apprenons que tant les instances catholiques romaines que le Conseil oecuménique prennent en compte nos travaux, d'autant qu'ils ne sollicitent pas des accords officiels, et ne souhaitent que contribuer à l'oeuvre de l'Esprit pour rassembler les enfants de Dieu.

Depuis la fin de nos travaux de réflexion et de rédaction concernant " MARIE dans le dessein de Dieu et la communion des saints ", en 1997, nous poursuivons une étude difficile sur " L'autorité doctrinale dans les Eglises, la hiérarchie des vérités et l'actualité d'une régulation de la foi " Les travaux en cours aboutiront nous ne savons ni quand, ni comment, mais cette précarité confiante appartient à ce qu'on pourrait, sans forfanterie mais par expérience, appeler " l'esprit des Dombes ".

On ne cachera pas les limites, voire les faiblesses d'une entreprise vraiment exaltante : la tradition du christianisme oriental est absente, même si des théologiens orthodoxes sont consultés, comme pour la Commission anglicane ; les questions d'éthique sociale et familiale, si prégnantes aujourd'hui, ne sont pas abordées, du moins explicitement ; enfin, le Groupe est exclusivement francophone, ce qui est une responsabilité mais aussi un manque dans l'Europe des Eglises et la mondialisation. Mais à l'heure où le dialogue inter-religieux, avec sa noblesse et ses engouements, prend le devant de la scène, il reste nécessaire que " notre bonne vieille religion " chrétienne retrouve sa jeunesse, son harmonie contagieuse et, finalement, son impertinence évangélique.

Michel LEPLAY
Pasteur, Paris