DERAEDT, Lettres, vol. 3, p.20

L’évêque est de retour. – Il lui souhaite une bonne fête. – Propositions sur l’affaire Combié. – On l’interrompt.

Ma chère fille,

J’avais compté hier vous souhaiter votre fête, je fus obligé de partir pour Marseille, afin d’aller au-devant de Monseigneur, que j’ai ramené tout à l’heure. Il est souffrant et fatigué. Son secrétaire, qui l’accompagna pendant trois mois, craint qu’il ne fasse pas de vieux os(1).

Donc, ma bien chère fille, bonne fête, et je vous dirais plus au long de quel coeur je vous la souhaite, si un samedi soir j’avais une minute à moi(2).

Les Combié sont dans une fureur continue, à ce qu’on m’assure. Je bats froid avec eux. Avant-hier, je trouvais Juliette en larmes au prieuré; elle était gonflée de ce que je ne l’avais pas vue.

J’y allai le soir un moment et j’affectai de parler de tout autre chose que de l’affaire.

Je me permets de penser que vous en revenez à mon projet, qui avait sans doute été mal expliqué par Juliette et par moi(3), car j’avais dès le commencement stipulé qu’au premier retard dans le paiement des intérêts, Louise pourrait en sauver le capital.

Toutefois, je serais d’avis que Louise exigeât quelque chose pour payer la dette Bousquet, ne fût-ce que pour exiger que Maurice lui payât le 5 pour cent, comme son hypothèque sur un Bousquet les lui rapportera positivement.

Puis, il est évident que, placée ainsi, sa dot est plus sûre que chez un banquier qui peut(4) faire de mauvaises affaires.

Il est sûr que si Louise m’écrit, j’aurai l’occasion de dire bien des choses.

Toutefois rappelez-vous que si réellement vous pouvez substituer Louise à M. Bousquet, la famille acceptera de donner l’argent; au moins, n’aura-t-elle rien à dire.

Deux personnes jasent dans ma chambre, d’autres m’attendent; impossible de continuer.

Adieu, ma fille.

Décachetez donc toutes mes lettres. Est-ce que j’ai des secrets pour vous(5)?