Ma bien chère fille,
Je viens de dire la messe pour vous, et, tandis que vos filles se préparent à vous souhaiter votre fête(1), j’ai pensé à réfléchir un peu sérieusement à ce que je devais vous demander de la part de Notre-Seigneur. Or me permettrez-vous de dire que je tremble quelquefois devant les tentations de satisfaction de vous-même, auxquelles vous êtes exposée. Je ne suis pas moins inquiet sur la manière dont vous traitez les choses de Dieu. Je tremble toujours qu’à force de les faire avec toute la perfection de la sagesse humaine, vous ne les envisagiez pas toujours assez au point de vue de la sagesse divine. Ceci n’est qu’une inquiétude mal fondée peut-être, mais enfin il me fallait vous le dire, parce que j’avais craint d’apercevoir cette disposition dans plusieurs circonstances depuis q[uel]q[ue] temps(2).
Veuillez, je vous prie, dire à Soeur M.-Caroline toute la part que je prends à sa douleur. Que ces morts promptes sont effroyables et qu’elles nous forcent à rentrer en nous-mêmes(3)! Pourriez-vous demander à une Soeur de me donner une petite notice sur Marguerite Nourry(4)? Joséphine la désire pour savoir ce que le père reproche à cette enfant, qu’il semble un peu prendre en grippe.
Vos filles vont bien. Soeur M.Augustine a repris toute sa joie, elle vient de me donner une boîte de fruits confits avec un coeur tout dilaté. Laissez-moi faire. Nous la corrigerons, sinon de tout, au moins de bien des choses. J’ai profité de ce que je suis obligé de dire, cette semaine, la messe, à la place du P. Galabert pour voir vos filles en particulier; j’ai été très content d’elles. Soeur M.-Bernard a eu la bonté de remettre 100 francs pour moi au P. Brun(5). Voulez-vous que je vous les envoie ou que je les remette ici au prieuré? Vous ne me parlez plus de la nécessité d’envoyer ma créance à Paris. Je pense que M. de Maleyssie aura pu fournir quelque chose. Ici nous commençons à trouver des vocations parmi nos enfants, et le P. Monsabré nous a fait le plus grand bien.
Adieu, ma fille. Je vais mieux, mon rhume passe. Je suis ravi que le P. Laurent ait si bien pris son parti, mais il faut l’accepter tel qu’il est(6).
Tout vôtre, ma chère fille.

