A mon grand étonnement, ma chère fille, je ne suis pas trop fatigué, quoique nous ayons ici un temps des plus épouvantables. Jamais je n’avais vu cette persistance de neige. Le temps n’est pourtant pas précisément froid.
Vous êtes bien aimable de m’envoyer un petit billet au milieu de toutes vos occupations. Quant à moi, je n’en ai qu’une, développer l’oeuvre. Je crois que je vais avoir un novice. Depuis les Beiling(1), je n’ai plus eu de relations avec l’Allemagne. Je voudrais bien pouvoir faire quelque chose de [ce] côté, c’est-à-dire trouver quelque Allemand qui voulût apporter sa science germanique. Bien que, depuis quelque temps, je donne beaucoup moins dans l’admiration de la science étrangère, je crois bien qu’on peut lui emprunter beaucoup, à la condition de la manipuler ensuite en français.
Je ne suis pas allé, ces jours-ci, au prieuré, à cause du mauvais temps. L’avant-dernière fois, j’ai eu des scènes de Soeur M.-Aug[ustine]; la dernière fois, au contraire, elle paraissait toute rassérénée. Ciel de mars avec ses giboulées! Je désespère de voir le beau fixe. Nous sommes dans les élections jusqu’au cou(2). Si vous pouviez me dire quelque chose de l’état du préfet, écrivez-le moi, mais pas directement.
Adieu, ma fille. J’ai autre chose à vous dire, que j’oublie. Mais enfin, le courrier part deux fois par jour pour Paris.
Tout vôtre en Notre-Seigneur.

