Nous avons le plus extraordinaire préfet qu’il soit possible d’imaginer, à moins toutefois qu’il n’y ait des ordres du gouvernement pour faire partir notre évêque. Sous prétexte de troubles qu’on ne voulait point faire, il a fait venir des troupes du dehors, de la gendarmerie, il a fait distribuer 20 cartouches par soldat. L’évêque est arrivé sept à huit heures plus tôt: ç’a été un immense éclat de rire. Quelques-uns pourtant en sont à regretter que l’évêque ne soit pas arrivé à l’heure dite. Mais il est évident qu’il y a un système de compression très rigoureusement organisé. Dieu rompra-t-il les chaînes que l’on nous forge?
Je vous félicite de votre nouvel établissement et je vous plains de toute mon âme d’avoir tant de têtes à calmer(1). Hélas! je sais ce que c’est. Je dois vous faire une petite confidence. Pauline a ravi vos Soeurs du prieuré. Or très involontairement elles lui ont si bien peint le bonheur de leur vie que Pauline veut à présent entrer chez vous(2). Il y a là une position fausse à dégager. Si Pauline vous vient – et je ne m’y oppose pas – je suis contraint de laisser pour le moment l’oeuvre des Oblates, et puis de ne plus adresser au prieuré les filles capables, qui tout naturellement cèderont à la tentation de quelque chose de moins dur que la vie que j’imposerai à nos futures maîtresses d’école(3).
Vous savez que l’évêque nous a apporté l’approbation, non pas de nos Constitutions, mais de notre Congrégation. Avec cela je prendrai du temps, et peu à peu nous viendrons à bout de faire pour le mieux.
Adieu, ma fille Je suis bien dérangé moi aussi.

