DERAEDT, Lettres, vol.6 , p. 161

Soeur Jeanne-Marie. – Envoyer le Mémoire et attendre la réponse que Quaglia fera à Mgr de Nîmes.

Je vais répondre à votre lettre d’hier, ma chère fille:

1° Faire aller et venir Soeur Jeanne-Marie me semble s’exposer au reproche de Mgr de Nîmes, qui me disait que vous faisiez peut-être un peu trop courir vos religieuses. Si Soeur Jeanne-Marie part(1), vous pourrez la garder. Je ne sais si ce sera d’un très bon effet pour sa famille. Au reste, elle a vu hier ses beaux-frères. Peut-être tout s’arrangera-t-il, car elle, après le premier moment, me semble désirer s’en aller, et si je penche pour qu’elle reste, c’est un peu à cause de l’effet général. Je voudrais qu’au moins on pût dire que la famille Pérouse a été contente des arrangements pris avec elle. Vous savez qu’en ces pays-ci toutes les familles ne sont pas ce qu’on voudrait.

2° Quant à ce que vous proposiez pour la lettre de Mgr de Nîmes, il a mis à peu près ce que vous désiriez. L’essentiel est que votre Mémoire(2) soit promptement adressé à Ferrari, à votre agent, pour qu’il le remette à Svegliati et que l’on comprenne ce que l’évêque de Nîmes n’a pu dire aussi en détail. Monseigneur tient: 1° à l’expédition la plus prompte de l’autorisation; 2° à l’autorisation sans les Animadversiones.

Maintenant il faut attendre la réponse que Quaglia fera à Monseigneur pour savoir si quelqu’un doit partir pour Rome; car si, d’une part, l’approbation arrive sans animadversiones, le voyage est inutile; si, d’autre part, elles sont adressées à M. Véron, la communication qui en serait faite à l’évêque de Nîmes atténuerait la volonté de ce qui serait transmis à M. Véron. En effet, l’évêque de Nîmes pourrait les discuter aussi bien que votre supérieur de Paris et vous lui diriez alors: « Entendez-vous avec Mgr Plantier qui a reçu les mêmes communications que vous ». Le terrain serait tout nouveau. Je ne puis approuver que vous fassiez en ce moment des démarches pour avoir un autre supérieur(3); il faut attendre la réponse de Rome. Laissez-les faire. Je ferais très volontiers un pari pour établir qu’avant un an il ne fera pas la visite, si on ne lui envoie aucune mouche le piquer. Ne la lui rappelez pas trop péniblement, écrivez-lui le moins possible. S’il vient un jour tout à coup, rappelez-lui qu’il faut un certain temps pour faire venir une Soeur qui est à B[ordeau]x, qu’il ne faut pas désorganiser la maison de Bordeaux, que bien que vous ayez prévenu l’archevêque de Bordeaux, qui n’a pas paru content, vous ne voudriez pas froisser M. Fontenau(5), le supérieur de Bordeaux qu’il faudra bien prévenir. Et vous verrez s’il ne comprend pas dans quel guêpier il se fourre. Toutefois par les derniers numéros des Analecta(4), il m’est évident que Ch[aillot] prépare quelque coup à sa façon.

Adieu, ma fille.