Je voudrais, ma chère fille, que cette lettre vous portât mon bonjour au moment où vous allez vous retrouver à Paris(1). Elle partira d’ici, au milieu du tumulte de la distribution de nos prix(2). Encore quelques heures, et le calme se fera. Emmanuel vous reviendra en bonnes dispositions. Vous verrez s’il ne serait pas bon de lui faire boire les eaux de Vals. Sa mine un peu terreuse a, je crois, besoin d’être surveillée(3).
Je vais partir pour Le Vigan, où je me préparerai de mon mieux au concile. Je renonce aux eaux, parce que j’ai surtout besoin de solitude, et qu’à Bagnères même j’ai une surexcitation d’étrangers, dont je veux me débarrasser pour me recueillir, étudier et prier. M. du Lac s’était occupé de moi auprès du nonce(4). Il paraît qu’il n’y a pas grand-chose à faire, et j’en suis bien aise. En ma qualité de procureur de l’évêque de Montauban, je pourrai faire une foule de démarches et dire une foule de choses.
J’ai vu, hier, la Mère Marie-Gabrielle, arrivée la nuit précédente; elle a, selon moi, très bonne mine. Seulement elle aurait craché le sang, ces derniers jours. Mais notre évêque en fait autant, et pourtant va très bien dans l’ensemble de sa santé.
J’ai assez travaillé la question des Congrégations religieuses. Il me paraît impossible de ne pas partir de ce principe général: Si l’on veut maintenir tout ce qui est, à quoi bon un concile? De là on conclut à la nécessité de ne pas admettre toutes les traditions des Congrégations, et de laisser un peu plus de latitude aux évêques. Maintenant, sera-ce toujours le plus grand bien des Congrégations? Question très grave, je vous assure. Un fait qui me porterait à croire que Bizzarri a perdu un peu de son influence, c’est que je le trouve préfet de la Congrégation des Indulgences. Les autres cardinaux sont-ils si peu travailleurs qu’il faille en tasser deux préfectures sur la même tête(5)?
Ne viendrez-vous pas à Nîmes vers le mois d’octobre? Si vous ne le pouviez, je vous demanderais au moins d’être à cette époque à Paris, où j’irai passer huit jours. Nous aurions à nous bien entendre définitivement sur ce que vous pouvez désirer. Je crois, pour moi, que je me bornerai à observer.
Adieu, ma fille. Je me suis laissé entraîner à vous écrire plus longuement que je n’en avais le temps. Je ne me relis pas.

