Mes chers enfants,
Encore vingt-quatre heures et le concile sera ouvert. Je viens vous demander un redoublement de prières. Ne nous faisons pas illusion. Ce qui est promis au concile, c’est l’assistance du Saint-Esprit pour empêcher que l’erreur ne soit enseignée par les évêques réunis sous la présidence du Pape; mais il n’est pas du tout promis que le concile enseignera le plus de vérités possible. Au contraire, il semble que certaines gens aient toujours peur d’en avoir trop et qu’il faille la leur distribuer par portions microscopiques. Qu’ils en prennent le moins qu’ils voudront, mais qu’ils nous en laissent demander le plus que nous pourrons.
Je vous disais dans ma dernière lettre que l’esprit moderne est un esprit de révolte et de haine. Il faut demander un grand esprit de charité et d’obéissance aux lois de Dieu. Eh bien! cette charité nécessaire, je vous engage à en solliciter une dose surabondante du Saint-Esprit, afin de vivre de la vie chrétienne.
Mes enfants, le monde périt par l’égoïsme. Il ne peut être sauvé que par l’esprit de sacrifice et d’immolation. Je voyais ce matin un évêque; il me disait que le monde ne serait sauvé que par des Vincent de Paul. Mais vous ne pensez donc pas qu’il y en aurait au moins un dans votre chemise, si vous le vouliez, et que peut-être je n’en obtiendrai pas un. Voyons, qui veut que je l’aide à devenir un saint Vincent de Paul, un saint Jean de Dieu, un saint François de Sales? J’autorise le P. Emmanuel à vous laisser m’écrire, si vous vous en sentez la vocation.
Je suis logé à cinquante pas de l’orphelinat, où Pie IX a passé sa jeunesse, au milieu des petits garçons qu’il instruisait, qu’il soignait, qu’il torchait. Qui veut faire comme Pie IX? Par exemple, je ne vous promets pas que vous en deviendrez pape, mais que vous en deviendrez des saints, si vous vous dévouez à ces oeuvres qui, après tout, sont le salut du monde.
Cher ami,(1)£$
Pas d’autres nouvelles, sinon qu’hier Veuillot priait à la confession de Saint-Pierre. Qui a-t-il vu à côté de lui? l’évêque d’Orléans.
Les gallicans sont enfoncés. Adieu. Si j’ai une minute demain, je serai plus long.

