C’est du séminaire que je vous écris, ma chère fille. (Je ne sais pourquoi j’avais écrit cousine). Enfin, j’ai une douloureuse consolation du fait de Jules. J’ai pu tirer au clair l’affaire du P. Stanislas. Il se trouve qu’il a été en révolte contre trois provinciaux, prédécesseurs de celui dont il se plaint; qu’il a été condamné à la privation de la voix active, que son général a d’abord ratifié la sentence, puis lui a fait grâce; et que celui de ses anciens provinciaux, qui est entré avec moi dans bien des détails et qui est aussi antilibéral catholique que vous et moi, m’a assuré que l’élection du nouveau provincial pouvait être un malheur, mais pour le P. Stanislas n’était qu’un prétexte, sa condamnation ayant précédé. Il n’y a rien à dire contre ses moeurs, c’est le révolutionarisme de son caractère qui est attaqué. Ceci est secret, et j’ai pourtant demandé et obtenu la permission de vous en parler, comme à une supérieure générale. J’ajoute qu’on n’a fait que répondre à mes questions(1).
En y réfléchissant, il vaut mieux attendre qu’on nous interroge. L’abbé Ferret est un apostat, incapable de dire la messe tant qu’à Rome il n’aura pas été relevé de ses voeux. Je crains qu’en cet état il ne soit suspens. Quant à l’abbé d’Hulst, il me paraît un peu jeune(2).
Le P. Picard m’a été demandé à plusieurs reprises par M. de Damas, et il craint qu’un refus prolongé ne trouble l’oeuvre entière des pèlerinages(3). Je plains très fort Soeur M.-Marthe, mais je ne puis que vous féliciter de sa détermination, une fois qu’elle s’est elle-même affranchie(4). La manière dont l’archevêque complète son administration donnera bientôt un évêché au nouveau promoteur. Je prie Dieu qu’on ne lui réserve pas Nîmes. Le fond de ce que nous voulions au Chapitre est fait: l’organisation du Chapitre général, les études classiques et théologiques, les alumnats. Le tout comprend près de dix-huit ans, de 12 à 30 pour les sujets capables.
Je verrai après-demain Mgr Vitte(5), je le reverrai lundi. Avez-vous à lui faire dire quelque chose? Adieu, ma chère fille. Il est possible que si vous ne venez pas, j’aille à Paris vers le 15 novembre.
Bien affectueusement à vous en Notre-Seigneur.

