Cher ami,
Le même courrier m’apporte vos deux lettres. Je prends la première; je n’y comprends rien. Vous me proposez une fille qui a été dans plusieurs communautés. Je ne crois pas devoir l’accepter. Je vous télégraphie, parce qu’elle ne doit partir que le jeudi; mais baste! dès le mercredi elle est en route. Elle arrive jeudi soir, je lui fais part de mon étonnement. Elle m’affirme que vous lui avez dit de partir sans attendre mon télégramme. Elle me déclare qu’elle n’a pas d’argent. Je lui montre votre lettre, elle fait l’étonnée. Je l’envoie coucher chez les Oblates, avec intention de la faire filer aux Missions d’Afrique, mais les Soeurs s’intéressent à elle et conjurent de la garder. Je la garde. Puis elle veut se placer comme femme de chambre ou institutrice; puis elle ne sait pas si elle pourra faire ses voeux, à cause de son père qui aura besoin d’elle. Dans tous les cas il faut que sa famille n’en sache rien. Elle est indisposée, et elle avoue qu’elle a été longtemps malade de la poitrine ou du coeur -je ne me rappelle plus bien. On allait l’expédier, quand votre lettre lui offre le Tiers-Ordre des missions de l’Assomption. Aussitôt je l’expédie à la Mère M.-Gabrielle, qui l’a fait déjà partir pour Lyon.
En quoi votre indignation contre la supérieure des Oblates a-t-elle quelque fondement(1)? Première question. -De quel mépris me couvre-t-elle? Seconde et importante question. -Vous êtes humble, d’après ce que vous me dites, puisque vous voulez toujours le dernier rang. Ceci n’a pas besoin d’interrogation; je vous crois sur parole. En quoi la supérieure des Oblates empêche-t-elle la bénédiction de Dieu de descendre sur notre communauté naissante? Troisième question. -En quoi prend-elle notre bourse? Quatrième question. -Notre nom, quel mal? -Notre honneur? Je m’y perds et je demande une réponse claire. Est-ce que notre honneur est perdu ou même gratté?
Quant à mon article, il est en effet trop court, mais moins bête que je ne croyais. Je ne me prête, je ne sais pourquoi, que difficilement à ce qu’on annonce de moi; c’est une bizarrerie de nature. Vous avez très bien fait de ne le mettre qu’à la quatrième place, vous ne l’auriez pas mis du tout que je n’en aurais pas été surpris(2). Quant au rapport Laboulaye, je l’ai lu et relu bien des fois, et je ne me sens pas capable de l’attaquer davantage.
Impossible de comprendre ce que vous me dites de Baragnon et de M…, dont le nom est illisible(3) pour moi. Adieu. Demain, trente-neuvième anniversaire de mon sous-diaconat, dimanche de mon diaconat, vendredi 26, de ma prêtrise.
Totus tibi.
E.D’ALZON.
J’attends vos réponses.

