Cher et très tendre objet,
Depuis deux heures et demie que j’ai reçu votre lettre, je n’ai pu fermer l’oeil, tant je suis attristé de vous causer des ennuis et des disgrâces. Mais rassurez-vous, le P. Picard m’écrit qu’il voit le nonce au séminaire français, que le nonce m’aime beaucoup. Vous comprenez si je suis touché. Quant à Pagès, j’avais le coeur trop gros après ce que Baudon m’avait dit de sa résolution de le lâcher, je voulais n’y être pour rien. Affaire de véritable coeur pour cet homme, que je ne puis m’empêcher d’aimer, mais Baudon le trouve insupportable. Expliquez la confiance de Pagès pour Baudon. Eh bien, quand j’ai vu que Baudon lâchait Pagès, j’ai préféré me taire. Du moins je ne lui aurais pas donné le coup de pied de l’âne. Enfin, que se passe-t-il? De vous à moi, je crois que l’archevêché n’est pas si redoutable que vous ne supposez. Bailloud aura son temps. Il faut un peu de patience(1).
Pourriez-vous me faire envoyer quelques cents de la gravure de Notre-Dame de Salut? L’oeuvre prend bien, je la recommande et je forme l’association des tisseurs(2). Quelques exemplaires de la brochure de Léon Gautier sur les associations me seraient très utiles(3). Le Bureau central ne pourrait-il pas les voter? Ici les ouvriers sont mécontents. On a supprimé le huitième de leur salaire, et encore tous ne travaillent pas. Il faut les soutenir.
Adieu, très cher. Je suis très content des 4 postulants fournis par Mgr de Ségur. Victor Cry était évidemment dérouté, quand il vous est venu; ici il va parfaitement. Remerciez Mgr de Ségur et dites-lui que M. Ménétrier manque seul à l’appel. Si le P. Picard vous arrive, je m’oppose à ce qu il prêche. Ordre de le soigner. Mille fois à vous.

