Cher ami,
Daudé(1) vous a écrit hier soir. Les Chapot sont pour beaucoup (François surtout) dans ma non-élection comme vicaire capitulaire. C’est un bien, je suis victime des purs(2). Aux yeux du gouvernement ce peut être une arme utile à exploiter, et un moyen pour vous de me poser en homme plus modéré qu’on ne le prétend. Par là on acceptera plus facilement mon indication. Entre nous, je ne suis pour personne, pourvu que j’aie un continuateur de l’oeuvre de Mgr Plantier. Maintenant peut-être vaut-il mieux insister sur M. Gervais, v[icai]re g[énér]al de Bordeaux, ou M. Guyol, de Marseille. On me parle de deux curés de Paris, M. Chevojon et M. Taillandier. Ils sont bons, mais leur genre les éloigne de Nîmes. Encore une fois, j’écarte avec acharnement Turinaz, de Tarentaise, Saivet, de Mende, herniaire, incapable de faire les visites; Bourret, de Rodez; Le Rebours, curé de la Madeleine, et l’abbé Besson, de Besançon, qui m’avait séduit tant que je ne l’ai pas vu de près, homme de grand talent et de pitoyable caractère. Ecartez-moi Terris, curé de Carpentras, coureur de tous les évêchés vacants et candidat de la Gazette de Nîmes.
Vous avez pu voir si malheureusement j’avais raison, quand je vous disais que la réception de l’évêque avait pour cause sa maladie. Il vous était dévoué profondément, il eût reporté sur vous toutes les chances de sa candidature. A votre point de vue personnel, souvenez-vous qu’il nous faut quelqu’un avec qui je puisse m’entendre, et je ne m’entendrai pas avec un évêque libéral. Valfons m’a télégraphié au nom du duc d’Uzès et de Chabaud-Latour(3). J’écris à Valfons. Je le prie de remercier le duc. Voici ma lettre à Chabaud-Latour; lisez-la. Si vous ne l’approuvez pas, remerciez seulement en mon nom; sinon, remettez-la et profitez-en pour lui parler. Comme je me pose sur un terrain purement catholique, Buffet peut être sûr que je ne ferai rien contre lui, s’il m’accorde ce que je désire.
Adieu et bien tendrement vôtre.
E.D’ALZON.
M. de Saint-François(4) est prodigieux de fureur contre le Chapitre. Tous les curés, sauf Corrieux, sont venus m’exprimer en corps leurs regrets.

