Cher ami,
Deux mots: 1° sur le P. Emmanuel. Ce pauvre garçon est agacé, et j’avoue à ma honte qu’il m’agace. Le P. Hippolyte y prête, mais pas autant que le P. Emmanuel le dit. Après avoir convenu qu’il ne fallait demander de Montmau que 200.000 francs, il a bien le courage d’en demander 350.000. Ce n’est pas raisonnable. Je serai mort, avant que Montmau soit vendu à ce prix. On parle du Vigan. Je crois que Montmau baissera, que le Vigan s’élèvera. Donc vendons Montmau, mais pas 350.000 francs; c’est une folie. J’ai vu Durand, il est admirable et ne presse pas(1).
2° J’ouvre votre lettre. En effet, tout s’est passé parfaitement(2). Après que j’eus quitté M. Besson à Paris, il y eut une scène, que je ne savais pas, entre Cristol et Chalandre(3). Quant à Besançon, ce fut parfait. L’archevêque me fit faire archidiacre(4), pour imposer le Romain que personne ne voulait au Chapitre. Au déjeûner, dans le toast au Pape, l’archevêque eut un mot ravissant pour moi. Somme toute, je n’ai qu’à laisser faire. Seulement, j’ai demandé le grand vicariat honoraire pour Corrieux, qui est ravi. Cela m’a donné une position étonnante. On comprend que si je traite ainsi les adversaires raisonnables, je puis avoir des motifs d’être sévère envers d’autres.
Hier, nous avons enterré à Montpellier M. Ginoulhiac. J’étais le représentant de l’évêque. Laissez partir Fr. Marc(5). Voudrait-il des Châteaux? Mais si son père le réclame, pourquoi s’en surcharger? Voici une lettre pour prendre sa place. Voyez vous-même. Renvoyez-moi ma malle; peut-être Mère Marie-Gabrielle fera-t-elle porter quelques livres.
Adieu et bien tendrement vôtre. Je ne puis vous dire le bonheur que vous et le P. Vincent de Paul m’avez donné.
E.D’ALZON.
Toute la famille de Serres est furieuse contre le chanoine qui m’a attaqué. Je laisse aux siens le soin de lui tirer les oreilles.

