Cher ami,
Vous devez être arrivé et je vous en félicite. Mais voici une grosse affaire pour moi. Je croyais que l’indult pour les ordinations n’exigeait la profession que pour les ordres sacrés. En relisant attentivement, il y est question de tous les ordres. Or, voici la question à poser.
1° La tonsure est-elle comprise parmi les ordres? et, si elle compte comme ordre, je demande l’absolution pour avoir bona fide présenté huit jeunes gens à la tonsure, quand ils n’étaient que novices(1).
2° La tonsure étant le signe du renoncement au siècle, peut-on solliciter la permission de la faire conférer aux novices? Remarquez que si j’avais demandé à l’évêque de Nîmes, qui a donné cette tonsure à Paris de licentia arbitrii episcopi, incontestablement il eût fait pour moi ce qu’a toujours fait Mgr Plantier, il eût considéré ces tonsurés comme siens.
3° Il est dit qu’ils doivent être litteris commendatitiis muniti; mais quand ils les ont demandées, la lettre Regulari disciplinae(2) dit que si les évêques ne les envoient pas, les examinateurs peuvent aller en avant. Pour les ordinations, est-il nécessaire de les avoir, si ayant été demandées, on n’a pas répondu?
Veuillez dire à Madame la Supérieure que je lui écrirai demain. L’évêque commence à comprendre que j’avais bien jugé le Cristol. Il est parti pour sa tournée, malade d’une scène qu’il avait eue avec le secrétaire général. Ainsi soit-il.
(Confidentiel) -Si la supérieure, à son tour, peut être bonne pour Soeur Marie-Paul, elle fera bien; celle-ci s’exaspère d’une sévérité qu’elle dit injuste. J’espère lui faire du bien et je pense qu’avec un peu de bonté on ferait plus qu’avec une sévérité aujourd’hui inutile. Soeur M. du Sacré-Coeur exerce ici une influence vipérine contre la supérieure g[énéra]le et contre moi; mais elle poursuit du même coup Soeur M.-Paul et la Mère Marie-Gabrielle, faisant dire aux gens ce qu’ils n’ont pas dit. Usez de tout cela avec prudence et ne parlez qu’opportunément.
La confidence cesse. Eh bien, Nîmes est toujours à sa place. Il paraît qu’au besoin Charette aurait ici quelques compagnies de volontaires; moi, je ne m’y fie pas trop(3). Savez-vous qu’à Nice le gouvernement payerait les dettes du P. Lavigne, prendrait l’église à son compte et demanderait M. Orengo pour curé, lequel nous demanderait pour auxiliaires. Il importerait que vous pussiez passer par Nice et vérifier la chose. Du reste, on m’assure que l’évêque est au plus mal(4). Toutefois, P. Alexis, dont je reçois une lettre, ne m’en dit rien.
Mes tendresses au séminaire français. En partant pour Rome, la supérieure m’a demandé ce que je voulais qu’elle me rapporte. Je ne pensais à rien. Si elle vous en parle, indiquez-lui les 5 volumes de Martinucci(5) sur les cérémonies, et, si elle le trouve trop cher, portez-le. Je vous le paierai, au retour.
Sur ce, cinquante mille bonnes choses. On est on ne peut plus vôtre.

