Ma chère fille,
Je suis très ennuyé d’avoir perdu votre lettre, j’ai bouleversé mes tiroirs, mon porte-feuille, mes poches; impossible de rien retrouver. Enfin, dois-je vous faire mon compliment et le mariage d’Henri est-il bien décidé(1)? J’en ferai mon compliment à lui et à tous les siens; car une fois établi, sa position de médecin ne peut qu’y gagner beaucoup, et puis Madame votre mère verra grandir une nouvelle famille autour d’elle.
Je cours beaucoup, je dors encore plus; ainsi je me trouve sans une minute à moi. Cependant je m’implante un peu partout où je crois que c’est utile pour nos oeuvres. Il en résulte que je crois ma présence ici fort utile. Le pèlerinage du P. Picard a eu un succès complet. L’audience de samedi dernier était admirable(2). Le Pape est ensuite ravissant, dit-on, dans les audiences particulières: audiences de 400 personnes. Hier, on était, paraît-il, davantage. Pourtant je veux y aller demain. On a dit dans l’Univers que j’avais fait à Saint-Pierre un discours admirable(3). Admirable n’est pas le mot, mais enfin j’ai été bien aise de parler sous la chaire de saint Pierre.
J’espère que peu à peu nous prendrons pied ici. Nous sommes très bien accueillis partout; c’est énorme. Les cardinaux se montrent bons et j’espère que mon voyage aura eu de précieux avantages.
Adieu, bien chère fille. Que Notre-Seigneur vous bénisse, vous guérisse et vous sanctifie, vous et toutes nos filles!
E.D’ALZON.
J’ai les reliques que j’ai promises à nos enfants de Marie.

