Cher ami,
Numa Baragnon part pour Paris par le train qui vous portera cette lettre. Il y a un très grand changement chez lui. Il désire se rapprocher de l’Univers et se poser en député catholique(1). Il n’aura pas la nuance de Mun(2), mais il comprend qu’il faut se mettre sur le terrain de l’Eglise. Les protestants, ici, le détestent et l’abominent, parce qu’il est, disent-ils, avant tout clérical, peut-être aussi parce qu’il a du talent(3). Le maréchal l’avait fait appeler, il y a huit jours; il ne s’est pas pressé. Si on le soutient, il marchera. Notez que ce n’est pas une nature complète. Mais qui est complet? Enfin vous avez là un homme sur qui vous pouvez compter, et, quand il sera compromis, il ira jusqu’au bout.
Addio et tout vôtre.
E.D’ALZON.
Donnez-lui des notes, si vous le pouvez. Il est étonnant comme tous ces gens ont besoin d’une leçon de catéchisme, avant de monter à la tribune. Ils ont l’intention de le savoir, mais il faut le leur faire repasser.

