Cher ami,
Que l’on soit furieux, je n’en suis pas surpris, mais peu importe. J’ai parlé à Rome et je ne me suis pas gêné pour dire que le nonce était en ce moment le v[icai]re g[énér]al de l’ar[chevêque] au département des affaires épiscopales de la France(1).
Je n’ai rien reçu de Madame la supérieure(2). Du reste, je trouve que l’on pourrait peut-être m’écrire directement.
Quant au fond, si j’étais à la place de l’autre, peut-être serais-[je] furieux aussi. Pour la province d’Avignon, il y a défense aux prêtres d’imprimer sans permission. Ne nous dissimulons pas cela, et c’est une restriction des règles du concile de Trente. Cette question est excessivement grave. Peut-être avez-vous eu tort de signer. Si je fais imprimer votre factum, je compte bien supprimer votre signature. Vous vous posez trop en puissance, en face de l’épiscopat. Vous aurez un jour quelque mauvaise histoire et vous serez battu à Rome, attendez-vous-y. Ainsi, au fond, je suis mille fois de votre avis; pour la forme, vous donnez prise incontestablement. Vous vous faites trop important. Vous êtes certainement beaucoup, mais il est naturel que cela ne plaise pas aux évêques(3).
Je serais bien aise d’avoir un plan: 1° de la position du noviciat, à Sèvres; 2° du jardin; 3° de la maison.
L’aîné de Numa Baragnon(4) est très malade d’une fièvre typhoïde. En vous relisant, je comprends un peu mieux vos phrases légèrement sibyllines. Quant à la fureur, elle vient de ce que si Vannutelli est nommé, il sera le représentant de Rome et non l’agent de l’ar[chevêque]. Tagliani(5) se monte, parce que Meglia sera cardinal au consistoire de juin; il prend d’avance la note du successeur. N’allez pas voir le nonce, c’est inutile; mais si Tagliani ne vous garantit pas la nomination de Vannutelli, engagez les évêques, vos amis, à le demander.
Veuillez faire porter chez Palmé le premier volume des théologiens de Salamanque. M. de Rocher y prendra les deux autres qu’il y avait portés; je veux la reliure à cinq nerfs. Il me la rapportera. J’aurais besoin en ce moment du troisième volume.
Il est possible que je donne ma démission(6). L’évêque va, dit-on, faire fermer la cathédrale, quand il pourrait s’en dispenser. Je suis résolu à tenir parole. Il est temps que je retrouve ma liberté.
Adieu, et tout vôtre en N.-S.
E.D’ALZON.
J’ai de bonnes nouvelles du P. Galabert.

