…La population romaine entre dans des voies bien effrayantes sous un certain rapport. Le Pape, pour exciter l’enthousiasme, avait fixé un triduum pendant lequel il se rendait chaque soir à Sainte-Marie-Majeure. Il paraît que l’on espérait voir quelque scène d’éclat. Le pape aurait du voir sa voiture dételée et traînée par les fidèles Transtévérins; mais les Transtévérins n’ont pas bougé, et lorsque la voiture passa, le premier jour, près de l’endroit où j’étais, j’entendis à peine quelques clameurs pour demander la bénédiction; encore étaient-elles mêlées de murmures sur la cherté des vivres, si bien qu’en descendant de voiture, le Pape fit appeler le cardinal Gamberini(2) pour lui demander la cause de ces murmures. Celui-ci répondit qu’il fallait de l’argent et qu’on n’en avait pas…
Il est incontestable que depuis trois ans, il y a eu une diminution sensible de l’attachement des Romains au gouvernement… L’on craint quelque-chose pour cet hiver. Les projets connus de la propagande révolutionnaire sont de porter l’incendie ici, aussitôt que l’affaire d’Espagne sera terminée. L’absence totale de récolte excitant un grand mécontentement dans le peuple favorisera probablement leurs projets. Dans une pareille position, le pape doit être bien embarrassé. Cependant, il ne s’inquiète point. Il dit que, si on le chasse de Monte-Cavallo, il ira dans son couvent… Cependant le mal gagne. Le nombre, de ceux qui ne veulent reconnaître le Pape que comme souverain spirituel augmente tous les jours, et comme souverain temporel, on sait qu’il n’est pas aimé. Le cardinal Bernetti(3) paraît aussi être l’objet d’une exaspération générale dans le peuple…

