Je n’ai que le temps de vous dire un mot, ma chère fille, et je prends cet immense papier parce que l’autre est absent. J’ai vu le préfet. Il a été fort aimable, il m’a assuré qu’il partageait mes idées, qu’il écrirait favorablement. Une heure après, il m’a envoyé une invitation à dîner. Il me semble qu’il n’aurait pis fait cette politesse à quelqu’un qu’il voudrait desservir. Quoi qu’il en soit, j’ai parlé à plusieurs personnes, soit représentants, soit gens influents dans le pays; je serai chaudement soutenu. M. Roux-Carbonnel, dont Freslon a été l’avocat à Angers, va lui écrire(2). Chapot arrive ce soir; je le presserai d’agir. Demians est plus froid, parce qu’il se jette vers les protestants. Il paraît que Buchez connaît notre préfet; il m’a dit (le préfet) en attendre une lettre. Deux mots seulement le disposeraient à merveille, s’il ne l’était pas.
Je vais, au milieu de tout cela, faire une retraite de deux jours, pour prier la Sainte Vierge de me présenter à Dieu. Je m’enferme ce soir dans notre nouveau logis. Il y a aujourd’hui juste quinze ans que je partis de Marseille pour Rome. Dieu veuille que cette seconde marche vers lui soit plus rapide que la première! Où serai-je dans quinze ans?
Adieu. Je prierai bien pour vous.

