Ma chère fille,
Les deux crucifix que vous avez reçus sont ceux que vous aviez demandés, indulgenciés comme vous l’aviez désiré. C’est moi qui ai fait écrire de Rome au nonce, pour avoir M. G[ay]. Mon ami a pu y être pour quelque chose, mais je crois que l’ordre est venu d’étudier notre cher abbé, du Quirinal. Quant à celui que vous m’indiquez, je l’accepte de tout coeur, mais je suis assez embarrassé, après avoir si fort poussé M. G[ay]. Toutefois, si vous pensez que je doive encore agir, je suis tout prêt[1]. Mais peut-être ferai-je mieux d’arriver à Paris le 23 ou le 24. Répondez-moi un mot à Nîmes, où je serai demain. D’autre part, ne ferai-je pas mieux de me tenir à l’écart, de peur de passer pour trop intrigant?
Il me semble que je vais mieux. L’abbé de la Bouillerie prend très bien à Carcassonne[2]. Il pourrait à coup sûr vous y appeler; il n’y a rien dans tout ce diocèse. Des filles qui n’auraient pas l’accent gascon y feraient des merveilles.
Adieu et tout vôtre en Notre-Seigneur.
16 juillet 55.
J’ajoute[3] que j’ai eu une journée de luttes terribles, pour obtenir que l’on me donne Anglas et que Nîmes ne soit pas fermé l’an prochain. Le reste est entre les mains de Dieu. S’il envoie des élèves[4], il prouvera qu’il veut l’existence de la maison; sinon, nous nous retirerons. Adieu. Priez pour votre père.

