Mon cher ami,
Permettez-moi de vous faire observer que vous vous moquez un peu de nous. Nous voilà à la mi-mars et nous n’avons pas reçu les ordos à Nîmes. Plus de vingt personnes en souffrent. C’est par trop de négligence. L’abbé de Cabrières vous prie de lui procurer la meilleure philosophie thomiste qu’on puisse vous indiquer à la Minerve. Le P. Ventura m’avait, dans le temps, parlé de Roselli ou Rosellini en 4 volumes. Voyez (1).
Les propositions de M. Chaillot me semblent très bonnes, sauf l’intention de la messe conventuelle qu’il ne faut pas exclusivement réserver au Pape. Voici comment je propose la combinaison(2).
Ici rien de nouveau, sinon un affaissement du mouvement politique, arrestations nombreuses opérées par la police(3), besoin des hommes de se rencontrer sur le terrain religieux, tiédeur pour Rome croissant de jour en jour, que j’attribue à la nullité du nonce et à la diplomatie romaine qui finoche trop. On ne se fait de nouveaux amis qu’en témoignant de l’intérêt aux anciens. Sous ce rapport nous baissons d’une façon désespérante. Rome me fait l’effet d’avoir perdu cinquante pour cent, depuis deux ans. Je puis me tromper, mais c’est là ma très profonde conviction. L’intérêt se porte ailleurs. Le mouvement ne vient plus de là. Si Rome tient à se faire oublier, elle y réussit. C’est déplorable, mais c’est ainsi. A qui la faute? Si l’abbé Chaillot veut lire cette partie de ma lettre au cardinal d’Andrea, il le peut(4).
Je vous envoie, avec une ou deux modifications, la note que vous me proposez pour présenter à la Congrégation(5). Les messes des dimanches et fêtes sont et doivent être pour nos enfants. Ainsi, supposé que le supérieur général officie aux grandes solennités, je voudrais que sa messe fût pour toute la Congrégation. Il me paraît qu’il faut tenir à cela. Quant à moi, c’est ce que je fais déjà depuis longtemps.
Adieu, mon cher enfant. J’oubliais de vous dire que je ne demanderais pas mieux que d’introduire des grand-messes, les jours de fêtes indiquées par M. Chaillot, mais il serait, je crois, difficile de faire accepter ces idées aux parents des enfants. Toutefois, je ne dis pas non(6).
Adieu. Mille choses à nos amis et tout à vous de coeur.
E. D’ALZON(7).
Art. 1er. Le supérieur général est nommé à vie. Son élection sera soumise à l’approbation de la Sacrée Congrégation des Evêques et Réguliers.
Il n’entrera en fonction qu’après avoir été confirmé par le Saint-Siège.
Art. 2. Tous les six ans, il sera tenu un Chapitre général. Les actes du Chapitre, avant d’être promulgués, seront soumis à la révision du Saint-Siège.
Art. 3. Après la tenue de ce Chapitre, le supérieur général adressera à la S. Congrégation un rapport détaillé sur l’état de l’Institut.
Art. 4. La messe conventuelle, qui se dit tous les dimanches et jours de fête, dans les diverses maisons appartenant à l’Institut, sera toujours appliquée pour les membres de chaque maison et aux intentions de notre Saint-Père le Pape.
Art. 5. Les prêtres de la Congrégation appliqueront, tous les ans, 6 messes à l’intention de notre Saint-Père le Pape.
Note. La messe conventuelle des dimanches et [des] fêtes doit être une messe semi-paroissiale pour les collèges et orphelinats, où elle est dite. C’est pourquoi, pour montrer notre dévouement au Saint-Siège, on pourra les compenser par des messes particulières dites par les religieux.
On pourrait mettre que la fête de la Chaire de saint Pierre sera célébrée avec solennité.

