J’espère, mon cher ami, que nous finirons par nous entendre. mais il y a par lettres d’inévitables malentendus; c’est pour cela que je désire vous voir au plus tôt à Nîmes. Il importe que nous nous entendions parfaitement, avant que le P. Semenenko n’arrive. Souvenez-vous que ces braves gens n’insistent sur le supérieur général et sur les supérieurs particuliers que parce que j’en ai fait une question sine qua non. J’en causai à Rome avec les Pères Jérôme et Semenenko. Je crois savoir que c’est le P. Pierre qui sera le plus difficultueux. Le P. Joseph ne compte plus. Le P. Pierre battu par nous, le P. Jérôme cédera bien vite, croyez-le(1).
En ayant notre Chapitre, en le faisant approuver au plus tôt, il faudra bien que ces bons Pères cèdent. D’autant plus que si la Congrégation des évêques et réguliers fait quelque difficulté, nous obtiendrons beaucoup de la Propagande. L’essentiel, c’est que Semenenko arrivant nous trouve très unis et le plus fervents possible. Voilà un motif qui, à lui seul, suffirait pour me faire désirer votre très prompte arrivée. Le P. Jérôme va, je crois, prendre feu et flamme pour l’Orient. Si nous lui fournissons de l’argent, il faudra bien qu’il dépende de nous. Il y a une foule de points, par lesquels il est placé forcément sous notre action.
Ce qui serait le plus important, ce serait d’avoir le plus tôt possible un noviciat distinct. Quant à l’évêque d’Hamilton, c’est un brave homme, mais il me fait l’effet d’aller un peu vite en besogne. S’il n’a pas mieux compris ce qu’on lui a dit de nous qu’il n’a compris ce qu’on lui a dit des religieuses, il n’est pas fort, ou bien les Polonais vont eux-mêmes bien vite(2).
Je suis ravi que le Pape ait parlé de nos plans au card[inal] Wiseman. Je ne lui en avais pas soufflé mot. Mais les prélats anglais placés auprès du Pape ont un empressement inouï. Demander une lettre serait, ce me semble, un peu grave et trop pressé. Je préfère attendre(3).
Si nous avions trente sujets, où les logerions-nous? J’ai écrit aujourd’hui une longue lettre à Mgr Brunoni. Attendons sa réponse. Mgr Howard sera à Paris dans trois ou quatre jours. Faites-le parler, mais ne vous engagez pas trop; surtout ne lui témoignez pas trop la peur qu’on ne veuille faire de l’oeuvre des Ecoles d’Orient un instrument politique. Prions, unissons-nous, cherchons des sujets et comptons sur la Providence, qui tirera la gloire de son Eglise de tout ceci, si nous en sommes dignes.
Adieu. Tout vôtre en N.-S.

