I. Les rapports avec le prochain sont réglés par la loi de Dieu même.
Je dois aimer mon prochain comme moi-même pour l’amour de Dieu. Il faut donc étudier combien Dieu a aimé les âmes.
1° Il les a créées à sa ressemblance pour s’entretenir avec elles dans le paradis terrestre si elles fussent restées dans la justice originelle, pour les établir ensuite dans une éternité de bonheur.
2° Le premier homme ayant violé sa vocation, il fait entrer le péché sur la terre; la mort y est entrée aussi, et un Dieu a assez aimé le monde pour donner son Fils, afin que par la mort de ce Fils, Dieu fait homme, le monde fût sauvé. Sic Deus dilexit.
3° Il s’est fait notre nourriture pour que, soutenus par un pareil aliment, nous puissions vaincre tous les obstacles entre le ciel et nous. Il a fondé son Eglise afin d’y réunir les élus. Il a accepté les persécutions des méchants contre les saints. Il a accepté les insultes de toute sorte, et cela par amour pour nous.
Il faut étudier encore ce que Dieu veut que nous fassions. Jésus-Christ a dit: Exemplum dedi vobis ut quemadmodum ego feci vobis ita et vos faciatis(1). Ce qui s’applique à notre perfection personnelle et à notre action extérieure. Au dedans de nous-mêmes nous avons à imiter les vertus dont Notre-Seigneur nous donne l’exemple. Mais au dehors, de même qu’il a exercé une action évangélique, de même aussi nous avons à exercer la nôtre, et de même qu’il s’y est dépensé tout entier, de même aussi devons-nous nous dépenser avec toute la générosité dont nous sommes capables.
Seigneur Jésus, faites que je vous témoigne mon amour et que je paye mes dettes envers vous par la manière dont, en union avec vous, je me dévouerai à l’oeuvre de la sanctification des âmes.
II. Conséquences pratiques.
S’il y a une oeuvre magnifique à accomplir, c’est incontestablement l’oeuvre du salut des âmes. Aux yeux de la foi, elle est plus belle que l’oeuvre de la création. Quand Dieu, dans sa toute-puissance, tira le monde du néant, il ne fit pas autant que quand, par le sang de son Fils, il racheta les hommes du péché. Certes, je n’atteindrai jamais cette puissance, et pourtant je puis l’y aider; il veut que je sois son aide: Dei enim sumus adiutores(2). Comment?
1° Par un véritable amour du prochain, prenant pour modèle l’amour de Jésus-Christ pour les pécheurs, ne considérant pas ce que les hommes ont de misères, de vices, de souillures, d’abominations, mais ce que Jésus-Christ, par son sang et sa grâce, vient leur donner de vertus ici-bas et de gloire dans la patrie.
2° Par la prière pour le prochain. La vie glorifiée de Jésus-Christ est une prière continue pour les hommes: Semper vivens ad interpellandum, pro nobis(3). Telle doit être ma prière, mon intercession. Ah! si je m’oublias dans mon amour pour les âmes, que de mérites je n’acquerrais pas, sans y penser en quelque sorte, car je m’oublierais moi-même et Dieu aime l’oubli de soi par amour pour lui.
3° Par la souffrance offerte au nom du prochain. Souffrances providentielles qui résultent de ma santé de ma position de mon caractère, des circonstances. Souffrances volontaires, pénitences, austérités que Dieu agrée en union avec les atroces douleurs de son Fils sur la croix.
4° Par l’exemple, Coepit Iesus facere et docere(4)(5). Quelle prédication à faire au prochain qui ne veut pas m’écouter que la prédication de l’exemple! Elle est dure, pénible, mais qu’elle est efficace!
L’Eglise m’invite à aider Dieu dans le salut des âmes. L’Eglise a la distribution de la parole de vie et des sacrements. Cette distribution se fait par les hommes; mais en dehors de sa vertu propre, quels fruits ne portera-t-elle pas si elle est faite par des saints!

