Périer-Muzet, Lettres, Tome XV, p. 64

Monseigneur,

Je me permets de venir vous parler d’une affaire(1) qui a affligé tous les hommes qui voudraient voir dans ces temps difficiles le clergé uni contre ses ennemis communs, mais c’est avec l’espoir que vous voudrez bien comprendre ma pensée, et ne pas m’en vouloir si j’accepte le rôle de négociateur que me donne, auprès de vous, un prêtre qui n’aurait jamais dû avoir besoin d’un pareil recours.

M. Combalot passa, il y a huit jours par Nîmes. Il m’annonça qu’il allait publier une troisième lettre à l’Archevêque de Paris(2). Il voulut m’en faire la lecture et quand il l’eut terminée, laissant de côté le fond du sujet(3), je lui demandai à quoi il espérait aboutir. Il me répondit qu’il était pressé par plusieurs personnes haut placées et surtout à Rome. Il me cita des noms. Je le pressai encore et je vis que le chagrin de ne pouvoir plus monter dans les chaires de Paris, le déciderait à faire auprès de vous quelques démarches d’excuses si votre Grandeur voulait bien lui laisser entrevoir qu’elle les accepterait. Il était pourtant hésitant encore; je l’engageai, en se rendant à Condom(4) où il prêche en ce moment, de faire une visite à Mgr de Montauban, et j’écrivis à celui-ci pour le conjurer d’adoucir les fureurs du fougueux vicaire apostolique. Je reçois à l’instant une lettre de Mgr Doney(5) qui me raconte sa conversation avec Mr Combalot, m’annonce qu’il va vous écrire, et me demande de me joindre à lui pour vous demander si votre Grandeur consentirait à ce que Mr Combalot fît quelques démarches auprès de vous. Il me semble qu’il serait bien plus convenable que Mr Combalot prît Mgr de Montauban seul pour intermédiaire, supposé qu’il en aie besoin. Pour moi, Monseigneur, je veux vous conjurer de vous souvenir de votre ancienne affection pour un homme dont la tête est malheureusement aussi chaude que le coeur.

Je vous conjure aussi de ne pas me répondre et je me réserve de vous dire, dans quinze ou vingt jours(6), bien des choses qui vous prouveront mon désir d’appaiser (sic) une affaire où votre droit est évident mais où bien des hommes épient, en l’aggravant, l’occasion de vous faire de la peine.

Je suis avec ma respectueuse et vieille affection, Monseigneur, votre humble et obéissant serviteur.