Souvenirs d’un vieux Capucin.

Quand j’arrivai à Nîmes, en 1835, il y avait encore dans le diocèse au moins quarante excellents prêtres, formés par un vieux Capucin, à qui M. Teste, l’ancien ministre de Louis-Philippe, avait cassé une jambe pendant la première Révolution. Retiré dans un hameau, où l’on n’arrivait, quand je le visitai, que par le lit d’un ruisseau et que je ne pus suivre sans me mouiller les pieds, le logement du P. Chrysostome consistait en une chambre, avec une table au milieu. Là était l’étude, la classe, la salle à manger. Le soir, le dessus de la table était enlevé, et il se couchait dans son cercueil ainsi tout préparé. Un orage emporta ses ossements dans un cimetière en pente, mais il avait formé quarante prêtres. Avec quelles ressources, dans un pays où la châtaigne était l’unique aliment des montagnards? Il les trouva, et ses jeunes séminaristes purent être ordonnés.