Cher ami,
J’ai reçu à Paris votre lettre du 6, elle est très intéressante. Je n’ai pas perdu mon temps dans les trois jours que mon séjour aura duré ici. J’espère que nous aurons préparé des ressources considérables pour Constantinople, et si Mgr Brunoni veut vous lire la partie de ma lettre où je lui parle de la question d’argent, vous verrez que je me remue.
J’ai parlé à Nîmes, à Auteuil(1). Ce soir, je parlerai dans notre petite chapelle(2) pour organiser des comités pour l’Orient; puis, j’ai pris un certain nombre de diocèses où j’irai parler. Dès que vous aurez envoyé le procès-verbal de votre installation à Andrinople, si vous y allez à la place des Polonais, et si vous présentez votre oeuvre comme un germe de séminaire qui versera (sic) plus tard à Constantinople, vous aurez 12.000 francs. Mme de Giry vous prépare des serviettes, des draps de lit, des torchons, etc. Nous vous donnerons plus tard des religieuses: vous pouvez y compter, mais l’essentiel c’est que vous puissiez bientôt nous dire si vous allez à Andrinople ou à Philippopoli. Je vous engage à faire trancher la question au plus tôt par Mgr Brunoni. Le retard apporté à la fondation de Philippopoli n’est rien si nous n’y allons pas [tout] de suite.
Tout Paris est aux élections. Je redoute très fort ce qui s’ensuivra. Thiers dit à qui veut l’entendre qu’il n’accepte la députation que pour défendre l’Eglise et la paix(3). J’ai des nouvelles du P. Brun; il a fait son voyage en 84 jours. C’est le plus court qui ait encore été fait. Il a failli périr au port même contre un banc de sable. Mgr Darboy(4) paraît ne pas réussir merveilleusement ici. Nos Pères se portent bien. Je pars ce soir pour Nîmes. J’irai probablement mercredi ou jeudi prêcher l’Orient à Toulouse.
Adieu, très cher. Totus tibi.

