Objet chéri,
Vous irez donc à Philippopoli(1). Il faut croire que Dieu vous y veut. Vous pouvez compter, pour le mois d’octobre, sur le Fr. Augustin et le Fr. Jules(2), que vous ne connaissez pas, mais qui a bonne tournure et a fait l’école chez les Frères.
Nous allons vous préparer des ressources en masse, seulement priez pour que ma parole porte ses fruits. Vous ferez bien de ne pas trop voyager pour mieux apprendre le bulgare, car vous en aurez un terrible besoin quand vous serez livré à vous-même. Tâchez d’être bien avec Malczinski, à qui je fais toujours mes compliments les plus affectueux ainsi qu’à Testa. Vous aurez votre point de départ à Philippopoli, mais je ne puis vous cacher que vous retournerez plus tard à Andrinople. L’histoire des Bulgares et de leurs misères(3) est une chose excellente; on les tiendra bien plus entre les mains. Ne vous découragez donc pas pour si peu. Si Mgr Malczinski vous désire à Andrinople, il vous fera venir toutes les fois qu’il le voudra, tandis que Frère Augustin et Frère Jules feront l’école. Pourvu que vous ne donniez pas dans un excès de courses, vos allées et vos venues auront leur avantage, mais dépêchez-vous à apprendre le bulgare.
Ici, rien de bien neuf, sinon que nous allons bâtir le noviciat. Si on m’offre un bon prix de Montmau, je me déciderai à le vendre, avec bien d’autres choses, le Vigan par exemple, où j’espère que le chemin de fer donnera une considérable plus-value. Dieu le veuille, car nous pourrions faire face à bien des choses importantes. Il nous arrive des novices, il s’en annonce. J’espère que le noviciat se remplira, dès que les cellules seront prêtes. Priez pour que cela arrive bientôt(4)!
Le P. Brun a donné de ses nouvelles. Le P. Tissot n’a pas pu y tenir. Sous prétexte d’acheter un terrain 25 livres, il en a payé un 55. Vivent les calculs Tissot! Il ne me demande que 10.000 francs pour bâtir, il les attendra longtemps. Cusse m’écrit aussi que Dieu le bénit. Dieu le bénisse! Il était convenu qu’on ne ferait rien jusqu’à ce que le P. Brun fût allé à Rockhampton; ils attendront sous l’orme(5).
Mille compliments à tous nos amis et connaissances. Soyez prudent. Je vous conjure aussi de vous bien sanctifier. Je pense bien à vous, à votre âme. Vous êtes dans la route qu’ont suivie bien des saints, la route apostolique; devenez un grand serviteur de Dieu. On vous prépare des serviettes et des torchons pour Philippopoli. Mlle de Régis m’a remis, ce matin, 40 francs pour la première pierre de la fondation philippopolienne.
Si je ne prêche qu’une retraite, j’arriverai un peu plus tard à C[onstantino]p[le] et j’irai vous voir en descendant par Belgrade, à travers les terres, si c’est possible. [Le] P. V[incent] de P[aul] Bailly va être sous-directeur, ici, pour se préparer à son séminaire de C[onstantino]p[le].
Adieu. Mille hommages à Nos Seigneurs Brunoni et Hassoun.

