Ma chère fille,
Je crois qu’il vaudra mieux que le P. Hippolyte commence tout seul(1). Je comprends vos embarras et ne veux pas les augmenter. Quand vous aurez quelqu’un, nous en causerons. Ce sera le 23, à 5 heures du soir, que je bénirai la maison; le 24, j’y mettrai le Saint-Sacrement. Elles seront au moins six pour commencer; on m’en annonce douze avant deux mois: alors j’y établirai l’adoration du Saint-Sacrement.
Quant à Soeur Thérèse-Augustine, on ne la voudrait qu’en visite, sauf à la réclamer plus tard, comme vous m’aviez promis(2). Toutefois comme je vais fermer le cours du patronage, je resterai quelques jours de plus au Vigan, ma présence étant ici moins nécessaire et pouvant envoyer le P. Raphaël pour me remplacer pour les confessions des enfants une fois en passant. Or Mme de Rocher ne voudrait venir que quand je serai à Nîmes. Je pense qu’on écrira de Bollène.
Vous attendiez ma réponse, ma chère fille, mais c’est moi qui la réclame(3). Toute votre lettre précédente consiste à dire: « J’y songeais ». Je ne vous demande pas d’aller vite(4), mais de me dire le résultat des questions que je vous ai faites et que vous n’aviez pas attendues pour vous en occuper. Vous ne me trouvez pas assez saint(5). Ah! ma fille, vous a-t-il fallu attendre près de trente ans, pour savoir qu’il me faudrait une bien autre vertu que la mienne pour faire du bien aux âmes? Quant à moi, je vous l’avoue, j’ai eu aussi le coeur meurtri par vos jugements. J’ai eu le tort de les porter en silence, mais vous avez raison, nous nous placions à des points de vue trop divers. Enfin, quand vous aurez réfléchi et prié, vous me direz votre pensée.
Aller à Paris de quelque temps, excepté en passant, me semble très difficile, et je ne voudrais pas vous laisser dans une illusion à cet égard. Je tâche de me tenir entre les mains de Dieu. A Rome, à Paris, à Nîmes, au Vigan, je veux être où il voudra, et pas ailleurs. J’aurai ici l’an prochain six religieux très distingués, en y comprenant le P. V[incent] de P[aul], je veux travailler à les former. L’union se fait tous les jours dans la piété et l’intelligence; ce seront de précieux éléments, je veux les cultiver.
Adieu, ma fille. Je n’ai pas le temps de me relire.

