Ma chère fille,
Il faut se jeter entre les bras de Dieu, mais ne pas se désespérer. Les fous se cassent la tête au moment où l’on y pense le moins. Quant à moi, ce qui se passe m’émeut très peu, non par le défaut d’intérêt que je porte à cette bourrasque(1), mais parce que j’en prévois la fin.
On triomphe de l’humiliation du Pape(2). Laissez passer l’humiliation. Tout s’arrangera. De plus, évidemment les espions sont partout. Tenez cela pour sûr, mais ce n’est pas une raison pour n’avoir pas son franc-parler. Seulement je crois que le P. Picard, dont je n’aurais peut-être pas eu la patience, doit être toujours ferme avec M. Véron, mais ne pas se retirer(3). Croyez qu’on ne l’ôtera pas.
Adieu, ma fille. Je fais prier pour que l’orage s’apaise. Ah! si nous étions des saints! Mille fois vôtre en Notre-Seigneur. Après tout, quand la grande famille souffre, il est bon que toutes les petites familles souffrent aussi.

