Bien cher ami,
J’ai reçu hier trois enveloppes de vous avec des lettres, une seule écrite de votre blanche main. Je vous ai écrit de Nice, d’Oneglia, de Rome. J’ai écrit à la supérieure de Nice, de Gênes ou d’Oneglia et de Rome; je n’ai rien reçu d’elle. Voici quelques billets que je vous prie de remettre à leur adresse.
Mon audience a duré un quart de minute. Si j’avais su, j’aurais attendu à une autre fois pour remettre mon adresse: elle a été déposée sur la table du Pape(1). Vous pouvez dire à M. Barnouin qu’Arnaud(2) va être officier. Monseigneur a vu Arnaud qui, malheureusement, n’avait pas très exactement écouté; nous avons eu une longue conversation avec M. d’Albiousse. Je suis allé voir Monseigneur de Mérode, qui, étant absent, est vite venu me voir et que j’ai fait entrer chez Monseigneur. Le résultat a été que M. de Saisy a invité Arnaud à dîner, que M. de Charette a fait appeler Arnaud, est venu voir Monseigneur, que Monseigneur lui a dit très poliment qu’il avait été tenté de parler directement au Pape, mais qu’il préférait commencer par la filière hiérarchique; parole qui a produit un effet magique, de sorte que l’on croit qu’avant la fin de l’année, Arnaud sera sous-lieutenant(3).
Mon rhume va bien. Je n’ai pas eu ma couverture, mais on m’en a prêté une. Vous voudriez des histoires; vous n’en aurez pas. Veuillez dire à la supérieure que je lui écrirai, quand elle aura répondu à une de mes quatre lettres. Pécoul(4) m’écrase de ses visites. Il paraît que, décidément, M. de la Tour d’Auvergne est archevêque de Lyon(5).
Adieu, très cher fils. Pour le moment, je n’ai pas autre chose à vous apprendre. Mille fois à vous. Je voulais écrire aux élèves, mais je n’ai rien.

