Ma chère fille,
Hélas! oui, ce pauvre Gouraud(1) est enlevé, mais j’espère que c’est pour le ciel. Quelle réflexion sérieuse il faut faire devant ces coups lents et inflexibles! Dieu va à son heure. Ah! je veux me convertir.
Je tâcherai de faire ce que vous désirez pour Thérèse de Rocher(2). Impossible de dire pourquoi j’ai passé vingt-quatre heures à B[ordeau]x. J’avais mal lu l’indicateur. Enfin me voilà à Nîmes, pas fatigué et avec la conviction que ma visite a fait du bien à vos filles de la Gironde. Soeur M.-Antoinette perd la tête toujours un peu plus. Où s’arrêtera-t-elle? Le départ de Soeur Marthe l’a bouleversée, ainsi que Soeur M.-Agathe; pour cette dernière, c’est la peur d’en faire autant, mais avec la plus grande frayeur d’en avoir la tentation. Il me semble que Soeur M. du Saint-Sacrement n’accapare pas, comme vous le trouviez jadis; les Soeurs ont le désir de voir Auteuil. Soeur M.-Imelda paraît avoir profité de ses accès pour se retremper, Soeur M. de la Croix est toujours mystique.
Mais je n’ai qu’une minute et je vous quitte. Adieu et tout à vous en Notre-Seigneur.
E.D’ALZON.
J’ai pu causer tout à l’aise avec M. Baudon(3); nous nous sommes parfaitement entendus. J’ai cru devoir lui dire un mot des lettres que demande un prêtre de la Madeleine; il m’a dit qu’il mettrait 2.000 francs à ma disposition pour les ravoir. Mais allons doucement. Lui qui savait beaucoup est épouvanté.

