Ma chère fille,
Je prierai du fond du coeur pour votre neveu(1), dont la mort doit être un coup de plus pour votre coeur, quoique bien moindre que celui que vous a porté la perte de M. de Brou. Je prie beaucoup pour votre conversion, en même temps que pour la mienne. J’ai voulu me servir du livre de M. Gay(2), je l’ai trouvé alambiqué et je nage dans les Méditations de Bossuet. Que je vous souhaite un peu de temps, d’ici à Pâques, pour vous retirer sur le Calvaire avec la Sainte Vierge, au pied de la croix! Je fais ce que je puis pour m’y maintenir et tâcher d’y apprendre la patience, l’humilité, deux vertus qui me manquent essentiellement.
Je ne suis pas très content de la nomination de Mgr Nardi au poste de secrétaire des Evêques et Réguliers(3). Pourtant je suis assez bien avec lui pour lui demander certaines choses. Voyez ce que vous pouvez désirer de pratique.
La Mère M.-Gabrielle, par excès de bonté, s’est laissée un peu envahir à propos d’une cavalcade, qui a eu lieu à Nîmes le même jour que les abominations de Gand, d’Anvers et de Bruxelles. J’avais été un peu sévère, parce que je savais le pot aux roses, et tous les jours je vois la confirmation de ce que j’avais aperçu du premier coup. Le P. Mas s’est mis dans un mauvais cas avec l’évêque de Nîmes. Du reste, ici, son insuccès comme prédicateur est complet. Le plus joli, c’est qu’il a compromis un certain nombre de curés, mais cela les regarde. Pourquoi lui faisaient-ils leurs confidences?
Mère M.-Claire m’a écrit ces jours-ci, et je suis tout surpris des tristes nouvelles que vous me donnez sur son compte. Je dirai la messe pour vous samedi, afin d’obtenir sur votre âme, pendant la Semaine Sainte, une grande effusion du sang de Notre-Seigneur. J’oubliais de vous proposer conditionnellement un aumônier pour Lyon. L’évêque de Montpellier et celui de Nîmes veulent prendre à l’Assomption un professeur de lettres; j’en ai un. Vous n’auriez qu’à le loger et le nourrir, car il aurait un assez beau traitement. Il réussit au prieuré comme confesseur. C’est le P. Edmond. Toutefois je tiens peu à l’envoyer à Lyon, le P. Emmanuel et le P. Laurent encore moins; mais on peut en parler(4).
Adieu, ma fille. Bien vôtre. Pour que ma lettre parte, je ne me relis pas.

