Cher ami,
Je vous ai écrit très brièvement, il y a un moment, je reviens sur votre lettre. Je vous avoue que je cherche le mieux. Je me crois plus utile pour le moment ici qu’à Paris ou à Rome. Si la crise prend terme, ce sera différent. Mais ce qui me préoccupe, ce sont les dangers de l’Eglise. Ne serait-il pas utile de prier et de faire prier? Je n’ose rien dire. L’épiscopat devrait faire une croisade de préservation, pour n’avoir pas à faire trop tard une croisade de résurrection. Il vaut mieux continuer à vivre que de sortir des bras de la mort.
Ne trouvez-vous pas que dans un moment lugubre comme le nôtre, les plaisanteries du Pèlerin ont moins bon goût? Il semble qu’on doit être peu sérieux au fond pour rire à pareille heure(1). Si la politique n’y était pas trop accentuée, je voudrais qu’il mît en gros caractères:
Morale de la crise présente.
Enterrement du suffrage universel par les radicaux;
Blessure à mort du régime parlementaire par les constitutionnels.
Quant à moi, je vais pousser dans tous mes prônes à une Ligue catholique, en face de la persécution, ce semble, inévitable.
Adieu. Peut-être à bientôt, peut-être plus tard, selon la crise. Tout vôtre.

