Ma bien chère fille,
Je ne puis vous dire combien je suis préoccupé de votre santé, et, quoique vous me disiez dans votre lettre du 10, que je reçois ce matin, que vous allez bien, je ne m’y fie pas. Est-ce toujours Soeur Th[érèse]-Emmanuel qu’il faudra charger de vous soigner? Le bon effet produit par votre Chapitre général me met le coeur à l’aise; je craignais quelques froissements. Je comprends l’émotion de Soeur M.-Aug[ustine], et il est bien heureux qu’elle aussi ait bien pris son exclusion du Conseil(1).
Quand vous serez en position de vous occuper de vous, je serai à vos ordres. Vous saurez seulement qu’en attendant de vous parler, je prie pour vous avec un coeur tous les jours plus dilaté. Gardez le P. Brun à Paris. Je viens d’écrire au P. Picard que décidément je lui adjoignais le P. Pernet. Le seul motif qui me faisait désirer le P. Brun à Rethel était sa santé plus forte. Le curé du Gros-Caillou ne m’a pas écrit, mais le P. Brun peut être mis à ses ordres(2).
Vous savez déjà le retrait de parole des novices de Genève. Ce matin, à la messe, j’ai eu l’idée d’une très bonne lettre. Je l’ai écrite, je crois qu’elle vient de Notre-Seigneur. J’ai autorisé le fonds perdu de Mlle Saben; on se servira des 6.000 francs pour ce que vous voudrez. Je sais l’histoire du port de Clichy, mais soyez persuadée que je ne me laisse plus prendre aux imaginations du P. Cusse ni des autres(3). Le p[ère] de Soeur M.-Fr[ançoise] me fait l’effet d’un triste personnage, et, si ce n’était pour la petite future institutrice, je l’enverrais promener de la belle manière. Je crois que sauf le motif de conserver des relations avec sa fille qui reste auprès de lui, le meilleur serait de ne plus s’en occuper. Il y a eu là des choses déplorables: c’est cette cuisinière, épousée depuis, avec qui il a mangé tout ce qui devait revenir de la mère. Je tiens ces faits de source certaine.
Adieu, ma chère fille. Je voudrais que vous sussiez bien à quel point mon coeur est vôtre, et surtout poussé à vous aider dans vos bonnes pensées de sanctification.
Tout vôtre en Notre-Seigneur.
E. D’ALZON.
Nathalie me donne son adresse. Est-ce preuve que je puis lui écrire? Je ne sens plus ma tête, tant elle est libre, mais le côté droit est de temps en temps fatigué.

