Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.530

Points convenus avec le cardinal Gousset. -Directives pour conduire son mandat de supérieur.

T2-530
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Touveneraud, LETTRES, Tome 2, p.530
Orig.ms. ACR, AE 55; D’A., T.D. 25, n. 26, pp. 51-52.

le] 20 sept[embre 18]58.
20 sep 1858
[Lamalou,
Mon Révérend Père Le Père Picard supérieur du collège catholique Rethel, Ardennes.

Mon cher ami, Il est convenu avec le cardinal(1):

1° Que le supérieur aura 1.000 francs;

2° Les professeurs 600; si pourtant vous en voulez 800, le card[inal] vous les accordera;

3° Vous aurez une chapelle à vous(2);

4° Les frais de déménagement de Paris à Rethel sont aux frais du card[inal];

5° La maison appartient au diocèse;

6° On passera un acte par lequel nous en serons possesseurs et ne pourrons être renvoyés par un autre archevêque;

7° On nous permettra de prendre tous les élèves ou prêtres qui voudront se faire religieux;

8° On ordonnera tous les sujets du diocèse que nous présenterons. Laissez provisoirement dormir la question du costume(3).

Quand un supérieur habile répète à propos qu’une situation n’est pas difficile, tous finissent par croire qu’elle ne l’est pas, et par le fait elle ne l’est plus. Faites un usage *intelligent de la recette. Posez-vous en saint, Ne vous laissez pas décourager par Cusse ou Pernet(4). Soyez attentif à leur santé. Soyez bon. N’enlevez pas tout du premier coup. Prenez tout par le côté surnaturel pour vous et aimable pour les autres. Tenez à ce que les religieux aient leur règle et l’observent. Parlez-leur souvent des vertus religieuses(5).

Adieu, cher fils. Ne vous tuez pas. Comptez sur Dieu et la Sainte Vierge.

E. D’ALZON.

Ecrivez-moi à Montagnac jusqu’au 10 oct[obre].

1. Le cardinal Gousset. – Rappelons que le P. Picard a quitté Paris le 16 septembre et qu’il est arrivé à Rethel le 17, après être passé par Reims. Le 18, il écrit au P. d’Alzon qu’il n’a pas pu accompagner le P. Laurent à l’ordination du P. Cusse, pour raison de santé, et lui donne ses premières impressions: « Changement complet et absolu [par rapport aux collèges de l’Assomption], absorption complète des études latines par les études françaises, découragement assez prononcé [des maîtres], embarras et perspective de se trouver toute l’année au melieu des ouvriers […] Bienveillance du cardinal, intérêt et confiance de toutes les personnes vues, certitude d’être soutenus ». C’est alors qu’il demande ce qui a été convenu avec le cardinal, qui n’a pas su le lui préciser, pas plus que M. Hannesse. 2. « Je pense, écrit le P. Picard, qu’on nous accorde de ne pas envoyer les enfants, même externes, faire leur première communion à la paroisse ». Le collège de Rethel, effectivement, n’avait qu’un oratoire, et les exercices religieux des élèves, en attendant la construction d’une chapelle, se faisaient à la paroisse. 3. « Doit-on laisser aux élèves, demandait le P. Picard, le costume donné par le cardinal, ou bien faut-il peu à peu introduire le nôtre? ». 4. Le P. Pernet devait rejoindre Rethel le 21 septembre; le P. Cusse et le Fr. Jacques Chilier, le 23. -Le 25 septembre, le P. Picard écrit au P. d’Alzon: « Nous voilà au grand complet; le P. Cusse et le Fr. Jacques sont arrivés avant-hier. Le P. Pernet est décidément économe, le cardinal n’a pas voulu nous en donner un autre, il prétend que nous ne mettrons pas *l’argent dans notre poche*. On bâtit lentement et nous serons bien à la gêne pendant la moitié de l’année ». A propos de cette nomination du P. Pernet, une lettre de Mère M.-Eugénie, datée du 14 décembre et adressée à M. Tourneur, curé de Sedan, donne les précisions suivantes: « On avait promis un économe et un surveillant tirés du clergé ou du séminaire. La veille de la rentrée, point d’économe ni de surveillant; l’ecclésiastique promis pour cette dernière charge avait été donné à Charleville. On leur envoie un diacre pour quelques semaines seulement. Il faut donc trouver de suite un maître d’études et mettre le P. Pernet, qui devait avoir la surveillance générale, à l’économat ». 5. De son côté, Mère M.-Eugénie écrira au P. Picard le 24 septembre: « Je demanderai à Dieu de tout mon coeur, mon cher Père, que dans cet exil où tant de choses difficiles se présentent à vous, il vive en vous pour les porter, pour les accomplir et surtout pour vous y sanctifier […] En pareil cas, j’ai souvent entendu dire au P. d’Alzon qu’il fallait se proposer d’agir en *saint*: c’est le meilleur moyen de bien prêcher, de vivre bien avec tout le monde et de seconder tous les desseins de la Providence quels qu’ils soient ».