Ma chère fille,
J’ai déjà répondu au P. Laurent que si le P. Hipp[olyte] l’approuve, il peut prendre l’économe dont il me parle. J’avais, il y a longtemps, introduit l’usage de donner des restes aux pauvres, comme c’est l’usage à Rome, mais je trouve que notre pauvreté s’accommode mieux de votre manière de faire. Vous pourriez le dire au P. Hipp[olyte], en attendant que je le lui dise moi-même(2).
Un crochet à Genève, ne serait peut-être pas trop coûteux et vous aiderait à juger de bien des choses(3). L’abbé Mermillod est, je crois, *suffoqué par son évêque(4) qui a bien des ennuis, peut-être un peu par sa faute. On peut l’attirer par là. Le curé de Genève ne joue pas franc jeu. Si vous vous établissiez à Genève, et qu’un des nôtres, payé par Saint-François de Sales, vous y servît d’aumônier, nous y pénétrerions peu à peu et sans conditions.
Soeur Marie-Bern[ard] m’a écrit et j’ai mis sous son pli ma seconde réponse à Soeur M.-Wilfrid. En lui parlant avec bonté, je lui dis carrément ses torts, sa faiblesse, ses finesses, ses idées du monde: voilà ma thèse. Je lui prêche le retour à Dieu, la franchise, et l’esprit de foi et de pénitence.
Je n’ose pas vous dire que mes idées sont au très noir. Mes idées sont très libres, mais j’ai au milieu du front une gêne comme un petit abcès au-dedans de l’os. J’avais hier peine à me tenir debout, après avoir été un mois étonnamment bien. Ce matin, j’avais beaucoup de mal à dire la messe; ce qui ne m’empêche pas de me promener, de causer, de lire, mais me porte à l’estomac. Voyez-vous les détails où j’entre avec vous.
Voici deux mots pour Nathalie. Adieu, ma fille.
E. D’ALZON.
Soeur M.-B[ernard] demande des mortifications. Je lui ai dit de s’en tenir à vos permissions. Soeur M.-Julienne en demande aussi. Je ne lui ai pas répondu; qu’en pensez-vous?
Remarquez ma distraction: je viens d’écrire sur deux pages(5).

