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Le Royaume de Dieu

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Bruno Chenu était assomptionniste et théologien. Il a su placer son fondateur et sa devise «Vienne Ton Règne ! » sous la lumière de la théologie contemporaine. Ainsi, il a invité le religieux apostolique, passionné du Règne de Dieu à être aussi un veilleur en attente du Règne, et un jardinier du Règne.

Pour le P. d’Alzon, le Règne de Dieu en nous d’abord et autour de nous, c’est le double versant de la sanctification personnelle et de l’évangélisation universelle. Mais la théologie contemporaine élabore une théologie du Règne de Dieu plus immédiatement biblique et incontestablement prophétique.

Prophète du Règne de Dieu

Dans le Premier Testament, le prophète est d’abord concentré sur le présent. Il évalue l’actualité en renvoyant au passé de l’Alliance et en annonçant l’avenir qui peut être radieux ou calamiteux selon la fidélité du Peuple de Dieu. La vie religieuse apostolique, au contraire, part de l’avenir et de l’avenir ultime. C’est ce qu’on appelle la dimension « eschatologique » de la vie religieuse. Le religieux fait mémoire de la fin. Il vit à partir de l’espérance. Il ne peut se satisfaire du « déjà-là du Règne de Dieu ». Il désire ardemment le temps de l’accomplissement et de la transfiguration du monde.

Veilleur, en attente du Règne

Dès lors, le religieux se met en position de veille, dans l’attente de Celui qui vient. Sa patrie est la Jérusalem céleste. « Notre cité se trouve dans les cieux » dit-il avec l’apôtre Paul (Philippiens 3,20). Et les voeux de la vie religieuse se comprennent d’abord dans cette perspective. Par leur vie et leurs paroles, ils sont une invitation et parfois une provocation pour tous à servir le Seigneur avec une pureté totale et gratuite, en fidélité avec le pacte d’amour. Ils remettent en valeur et en mémoire le projet originel de Dieu (obscurci par le péché), et ils sont le signe de l’impatience avec laquelle toute l’humanité attend la pleine révélation de la gloire du Fils (cf Rm 8, 19-21).

Notre cité se trouve dans les cieux

Par rapport aux laïcs, les religieux attestent davantage la dimension « à-venir » du Règne de Dieu. Ils précipitent l’à-venir dans l’actualité. Ils « présentifient » le Règne futur. Il n’y a rien de plus urgent que de « chercher le Royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6,33). Au fond, des hommes et des femmes ont été saisis par la beauté de Dieu. Ils ont donc pensé qu’ils n’avaient pas trop de toute leur vie pour chanter cette beauté dans l’action et/ou la contemplation, la parole et/ou le silence, la solitude et/ou la vie fraternelle. La dimension contemplative n’est donc pas réservée à ceux que l’on appelle « moines ». Elle appartient à l’essence de la vie religieuse apostolique.

Jardinier du Royaume

Mais, tourner ses regards vers le terme n’est pas se mettre en congé de l’histoire. Le temps présent est celui de l’Incarnation de l’ultime. Car l’attente est active. C’est pourquoi, il est tellement donné au Royaume que le religieux veut en détecter et en faire grandir la semence dans la vie actuelle par le travail et la mission. Il est jardinier du Royaume. Son coeur s’élargit aux vastes espaces de l’action de Dieu dans l’histoire. L’espérance, tirant l’homme en avant de lui-même, a toujours un impact important sur le quotidien, alors que les hommes peinent à se donner un avenir de paix et de solidarité. Notre Occident a bien besoin d'une thérapie de l’espérance pour trouver un sens à son existence.

Bruno Chenu, AA
L'urgence prophétique -
Bayard/Centurion, pages 265-267.

 

 

«Chaque âme est un royaume qui appartient à Jésus Christ
en tant que l’homme est un petit monde, et Jésus Christ règne sur chaque âme.
Il faut qu’Il règne sur nous, avant que nous puissions le faire règner sur les autres.
Il faut qu’il soit réellement notre Roi.»

Emmanuel d’Alzon,
ES, pages 660-661.