Excellence, Votre Sainteté, chers Pères, chers frères et sœurs,
Il y a des vies que la mort ne referme pas; au contraire, elle les transfigure. Ainsi, tant qu’un homme demeure parmi nous, nous voyons surtout ce qu’il a accompli, les fonctions qu’il a exercées, les décisions qu’il a prises, etc. Mais, lorsque s’annonce le silence de son départ, un autre visage apparaît, plus vrai et, peut-être, plus authentique: celui de la fidélité à une terre, à un peuple et à une Eglise qui, pendant plus de 56 ans ont orienté tous les faits et gestes de notre frère Louis.
Aujourd’hui, nous ne saluons pas seulement le vicaire apostolique émérite d’Istanbul. Nous saluons aussi le religieux assomptionniste dont toute l’existence fut tendue vers une unique disponibilité: être là où le Seigneur l’attendait, comme il l’avait écrit il y a fort longtemps, dans une lettre adressée à son Provincial en 1968: « Mon unique désir est d’être à la place que le Seigneur a voulue pour moi ».

Rétrospectivement, cette disponibilité précoce pour la Turquie ne peut que nous étonner, tant il est rare qu’un désir de jeunesse résume avec autant de justesse ce qui deviendra pratiquement l’aventure d’une vie entière.
Et cela est plus vraie encore lorsque l’on sait que les responsables de la Congrégation de l’époque tentèrent à plusieurs reprises de le dissuader. Certains estimaient qu’il était imprudent d’envoyer un si jeune religieux dans ce que l’on appelait alors les « cantons reculés » de la Congrégation…On parlait même d’une « bêtise », là où le frère Louis voyait, au contraire, un véritable appel.
D’ailleurs, il a toujours conçu sa vocation religieuse comme une « vocation œcuménique », pour reprendre encore ses propres mots. Cette expression pourrait laisser croire qu’elle désigne un domaine périphérique de son ministère. En réalité, elle nommait une manière toute particulière d’habiter l’Église: non pas comme une forteresse, mais comme une volonté d’aller à la rencontre de l’autre, « avec douceur et respect ». C’était, sans doute, sa manière à lui de dire que la vérité du Christ ne s’appauvrit pas dans la rencontre, mais qu’elle s’y manifeste davantage.
Si cette conviction est quelque chose qu’il a pu expérimenter durant ces longues décennies vécus en Turquie, il ne serait pas trop orgueilleux de ma part de dire que les racines de cette « vocation œcuménique » ont germé au sein de sa famille assomptionniste.
Ainsi, dans sa demande d’entrée au noviciat de 1960, le frère Louis expliquait le choix de la famille assomptionniste par le fait qu’elle est : « ’catholique’ par son esprit et par ses œuvres, toute entière désintéressée au service de l’Eglise ». Relire aujourd’hui ces lignes, c’est comprendre que Mgr Louis n’a, finalement, jamais cessé d’habiter cette intuition qui a guidé sa mission, ses œuvres, et ses choix pastoraux.
Lorsqu’il fut nommé évêque, le 19 juillet 1992, notre Congrégation loin de perdre un frère, offrait à l’Eglise universelle un homme qui poursuivait autrement la même vocation des origines.
Au nom de ma Congrégation, je voudrais rendre grâce pour tous les beaux fruits que l’épiscopat de Mgr Louis laisse sur cette terre de Turquie. En nous souvenant de sa belle devise épiscopale, « Gloria Crucis », mettons, comme il nous y invitait, « notre unique espérance dans la Croix vivifiante du Sauveur en nous détournant de toutes les fausses gloires ». Et prions pour qu’il puisse jouir de cette gloire qu’il aardemment recherchée dans la seule Croix du Christ, signe et gage de notre propre résurrection.
P. Iulian Danca, Vicaire provincial








